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Intérieur de Maurice Maeterlinck

par Jean Chollet

Magistrale création japonaise de Claude Régy

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En 1985, Claude Régy abordait déjà avec cette œuvre l’univers de Maeterlinck (1862-1949), dont l’écriture et la poésie dramatique étaient en mesure de nourrir sa recherche théâtrale. Il réinterroge aujourd’hui cette pièce dans des conditions particulières. Invité par le metteur en scène Satoshi Miyagi (qui triomphe au Festival d’Avignon avec son Mahabharata -Nalacharitam ) au Shizuoka Performing Arts Center de Toga au Japon, pour une création avec des acteurs locaux, il a choisi de revenir vers un auteur qu’il vénère, pour lequel il a également réalisé La Mort de Tintagiles en 1996.

Dans le cadre du Festival d’Avignon, Salle de Monfavet, les spectateurs sont invités au silence à l’approche et avant le début de la représentation, à la demande du metteur en scène. Ce qui peut sembler à certains comme un rituel superflu, s’avère une rupture nécessaire pour entrer en communion avec la création scénique. Celle-ci s’engage en révélant progressivement, sous les fines lumières ombrées de Remi Geoffroy, localisant et accompagnant les climats de la pièce, l’espace abstrait au sol sablonneux de Sallahdyn Khatir où apparaît le corps d’un enfant endormi. Une image d’une grande force picturale, qui engage un paysage mental. Puis arrivent lentement les personnages concernés à divers titres par un drame. . Son histoire est simple, un vieillard et un étranger ont en charge d’informer une famille du décès accidentel d’une de leurs filles, découverte noyée dans un fleuve. Alors que s’approche le cadavre porté par des membres du voisinage, la révélation de la tragédie plonge les différents personnages dans les ténèbres avec des réactions différentes. Maeterlinck a écrit cette courte pièce dans le cadre de ses recherches tendant à remplacer le théâtre classique ou réaliste, par “ un théâtre de situation et de l’attente qui renonce à l’action extérieure pour l’intérioriser.”. Cette recréation en illustre la dimension.

Une rencontre sensorielle

La rigueur et la radicalité légendaires de Claude Régy, trouvent ici des frottements adaptés avec le théâtre nô japonais, dont l’influence a pénétré par ailleurs le théâtre occidental, dans une relation au drame où la mort côtoie sans frontière le monde des vivants. Un territoire indéfinissable faisant vaciller la relation au réel, dans lequel les divers composants de la représentation agissent en fusion comme autant de révélateurs. Gestuelles, postures et lents déplacements à pas glissés des comédiens, diction fractionnée aux inflexions nuancées, silences, variations de la pénombre, rendent plus perceptible le drame qui se joue, que le sous-titrage minimal judicieusement imposé par le metteur en scène pour ne pas disperser l’attention des spectateurs. Ainsi, la perception de ce texte – poème passe surtout par une sensibilisation des sens pour faire entendre “autre chose que les mots“. Claude Régy, éternel jeune homme de 91 ans, réussit une nouvelle fois dans son entreprise.

Intérieur de Maurice Maeterlinck, mise en scène Claude Régy, avec Asuka Fuse, Kaori Ibil, Yoji Izumi, Tsuyoshi Kijima, Hiroko Matsuda, Yusuke Oba, Gentaro Shimofusa, Haruyo Suzuki, Miki Takki, Soichiro Yoshiue, Mana Yumi, Hibiki Sekine. Scénographie Salladyn Katir, lumière Remi Godfroy. Durée 1 heure 40. Dans le cadre du Festival d’automne, à la Maison du Japon - Paris du 9 au 27 septembre 2014.

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