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Critiques / Théâtre

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

par Gilles Costaz

L’auteur et son double

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Affronter Cyrano de Bergerac sans disposer de grands moyens, voilà qui est intrépide. Henri Lazarini a osé faire ce pari. Il a d’abord allégé la pièce et réduit la scénographie à quelques éléments. C’est ainsi que la scène du balcon se passe sans balcon : à plat, sans le moindre édifice, juste avec une séparation de quelques centimètres entre les protagonistes. Et elle se passe bien. Le projet de Lazarini est de créer un nouveau climat en mettant dans un discret parallèle deux amoureux du mirage lunaire : le vrai Cyrano qui fut l’un des précurseurs du roman interstellaire au XVIIe siècle et Méliès qui réalisa Le Voyage sur la lune, cinq ans après la création de la pièce de Rostand. C’est une jolie idée, un peu discutable, car l’auteur dramatique est un post-romantique alors que le cinéaste est un futuriste.
Mais surtout le metteur en scène tient à présenter le personnage de Cyrano comme le double de Rostand. Voilà l’auteur à sa table de travail et, tout à coup, il met un masque qui lui allonge le nez et il se mue en cadet de Gascogne. De temps en temps, le héros redevient l’écrivain et s’asseoit à nouveau à son bureau. L’assimilation est un peu facile : un écrivain est toujours l’incarnation de son personnage, mais jamais tout à fait. Une fois créé, il doit appartenir à l’acteur et aux spectateurs, et ne pas être expliqué. Cela entraîne un autre inconvénient : Cyran y perd de son panache puisqu’a le physique d’un bourgeois en costume noir, avec un nez incontestablement postiche. L’interprète, Benoît Solès, semble entrer dans le rôle avec difficulté, puis devient tout à fait brillant et éclatant. Mais le retour régulier vers la figuration de Rostand casse parfois son dynamisme. C’est un bon Cyrano alors qu’il a la capacité d’être un grand Cyrano.
Le spectacle n’en est pas moins très plaisant, Lazarini déployant beaucoup de malice dans l’utilisation d’un minimum d’éléments et ayant conçu des costumes aux couleurs éclatantes. Les figurations et créations de silhouettes sont quelquefois conventionnelles (le côté fêtard 1900, par exemple, n’est pas très approprié), mais il y a une réelle vie, un rythme tourbillonnant sur le plateau. Clara Huet est une révélation dans le rôle de Roxane : elle a une autorité sensible, une présence profonde qui va au-delà de la séduction. Emmanuel Dechartre fait sentir tous les calculs obscurs de la politique dans son interprétation de De Guiche. Vladimir Perrin est un Christian sans fadeur. Beaucoup de leurs partenaires, Michel Melki, Jean-Jacques Cordival, Michel Baladi, Emeric Marchand ont de l’allant et du relief. C’est un bonheur de retrouver la grande Geneviève Casile, se chargeant de jouer Roxane âgée à la fin de la pièce. Ce Cyrano compressé se voit avec plaisir.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, adaptation, mise en scène et costumes d’Henri Lazarini, assistanat de Florent Martin, scénographie de Pierre Gilles, création musicale de Michel Vinogradoff, lumières de Xavier Lazarini, masque de Sébastien Bickert, avec Benoît Solès, Pierre-Thomas Jourdan, Julien Noïn, Michel Baladi, Vladimir Perrin, Michel Melki, Emeric Marchand, Clara Huet, Lydia Nicaud (ou Christine Corteggiano), Emmanuel Dechartre, Anne-Sophie Liban, Jean-Jacques Cordival, Geneviève Casile.

Théâtre 14, tél. 01 45 45 49 77, jusqu’au 4 juillet. (Durée : 2 h 15).

Photo Lot.

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