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Critiques / Théâtre

Anquetil tout seul de Paul Fournel

par Gilles Costaz

Battements de coeur d’un maillot jaune

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Il y eut, dans les années 70, une pièce de René Kalisky sur Fausto Coppi, Skandalon,mais le nom de Coppi avait été remplacé par un autre nom. Aujourd’hui, c’est à visage découvert qu’un spectacle met en scène Jacques Anquetil, éternel vainqueur de Raymond Poulidor et quintuple triomphateur du tour de France. Il s’agit en fait de l’adaptation d’un livre de Paul Fournel, grand romancier pour qui l’écriture est autant un jeu (Fournel est membre de l’Oulipo) qu’une formulation de ses vérités personnelles. Anquetil a fasciné l’écrivain quand il était enfant. Il restitue l’épopée vécue à travers son âme d’enfant mais aussi dans le prisme d’une époque où le style incroyablement fluide du champion, son dédain de la rigueur sportive et sa vie si peu conventionnelle (il épousa la femme de son docteur et finit ses jours avec la belle-fille de son épouse, cela dit pour simplifier) déclenchèrent autant d’impopularité que de notoriété. L’homme semblait froid mais le cœur vibrait d’une façon originale sous le maillot jaune.
Comme Anquetil, le metteur en scène Roland Guénoun aime la vitesse. Il a bâti son spectacle sur la succession rapide des événements. Au centre, Anquetil, sur un home-trainer, pédalant à de nombreuses reprises, relançant régulièrement sa machine, se raconte. A droite, un autre participant joue tous les autres personnages masculins : Fournel lui-même, d’autres coureurs, Poulidor, des directeurs sportifs... A gauche, parfois, apparaît la femme principale de la vie d’Anquetil, Janine, mince blonde en robe blanche. Le cadre où s’inscrit l’action comporte plusieurs panneaux où s’inscrit parfois l’actualité à travers des images fixes ou filmées. Le sens du détail est remarquable : le vélo est d’époque (les guidons et les pédales ont changé depuis ces années-là), la casquette de Poulidor porte la marque Mercier – une équipe aujourd’hui disparue -, etc. L’interprète qui endosse le rôle et le maillot jaune d’Anquetil, Matila Malliarakis, a plus de séduction que n’en avait le coureur, il a quelque chose d’angélique et compose un vainqueur quasi mythique. Il est parfait : c’est un archange sur un vélo, aimable et pourtant carnassier. L’acteur qui se charge d’une grande diversité de rôles, Stéphane Olivié Bisson, change à volonté de visage, de tenue, de voix et d’accent : il est le mouvement de la pièce tout autant que le coup de pédale de son partenaire et le défilé des archives. Clémentine Lebocey cultive joliment un petit côté rétro, une grâce de reine de vélodrome et de guinguette telle qu’on l’imagine dans notre embellissement des années passées. L’hommage théâtral de Roland Guénoun et de son équipe, né des mots doux et nerveux de Paul Fournel, mérite tous les bouquets mais intéressera-t-il le public qui ne se passionne pas pour le cyclisme ? C’est surtout un entêtant chant sportif, même s’il ne passe pas sous silence le recours au dopage dont Anquetil ne s’est jamais caché.

Anquetil tout seul de Paul Fournel (éditions du Seuil, Points), adaptation et mise en scène de Roland Guénoun, scénographie de Marc Thiebault, vidéo de Léonard, musique de Nicolas Jorelle, lumières de Laurent Béal, son de Yoann Perez, costumes de Lucile Gardie, avec Matila Malliarakis, Clémentine Lebocey, Stéphane Olivié Bisson.

Studio Hébertot, 19 h, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 13 novembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Léonard.

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