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Critiques / Théâtre

ADN de Mariane Zahar

par Gilles Costaz

Mi-penseuse mi-chamane

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Alexandra David-Néel, comme nous y invitent ses initiales, fait-elle partie de l’ADN de notre temps ? C’est, en tout cas, l’avis de Mariane Zahar que l’on connaissait comme actrice mais non comme auteur, avant qu’elle écrive ce spectacle si particulier et si à rebours des modes intellectuelles. Alexandra David-Néel (1868-1969) fut une grande orientaliste française, mais pas seulement une femme de pensée. Elle voyagea beaucoup, se montra l’égale des hommes, ou quelqu’un qui leur était supérieur, en un temps où le sexe mâle détenait et gardait tous les pouvoirs. Femme de légende, aventurière bourlingueuse, elle dialoguait avec les grands penseurs bouddhistes et fut la première Européenne à pénétrer, au Tibet, dans la ville de Lhassa, pourtant interdite aux visiteurs de sexe féminin. Mariane Zahar lui donne la parole : l’occidentale folle de l’Orient se raconte et fait des rapprochements entre les théories bouddhistes et les pensées scientifiques d’Einstein et de Planck. Les Bouddhistes n’ont-ils pas une vision de l’univers fort proche des découvertes de la théorie quantique ? Ainsi la spiritualité et la recherche se rejoignent.
Ce qu’on peut mettre en cause dans l’excellent spectacle de Mariane Zahar, c’est le parti pris de la conférence. Le personnage d’Alexandra Davis-Néel, tel qu’il est réinventé, s’adresse aux spectateurs pour les convaincre et pour les inviter à rejoindre son système de pensée. On aurait préféré, peut-être, un personnage qui s’exprime dans sa solitude, sans pédagogie, sans militantisme, dans un tournoiement hors du temps. Mais Mariane Zahar sait donner à l’héroïne une présence intense, une complexité où s’additionnent le caractère d’une femme quotidienne et pourtant exceptionnelle, l’audace d’une pensée aventureuse et les fulgurances d’une chamane. D’abord assise en tailleur, l’actrice passe étonnamment de l’immobilité pensive à la mobilité passionnée. Un tel moment, qui pourrait être et sera peut-être discuté par les philosophes de tout bord, vise à être une brèche dans le matérialisme qui nous cerne ou nous conditionne. La réaction de Mariane Zahar a de l’allure, car son texte est fort comme une pierre lancée contre les certitudes et prend, grâce à son interprétation, une belle forme théâtrale.

ADN d’après Alexandra David-Néel, texte, mise en scène et interprétation de Mariane Zahar.

Ambigu, Avignon, 10h45. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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