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A Montpellier le Printemps des comédiens

par Dominique Darzacq

Un festival ouvert et fédérateur

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Pour sa première édition en 1987, le Printemps des comédiens invitait Michel Bouquet. Trente et un ans plus tard (du 30 mai au 1er juillet) , c’est Isabelle Huppert qui vient prêter sa voix au divin et très scabreux Marquis de Sade. C’est dire que le festival ne démord pas des fondamentaux qui ont forgé son appellation et enfonce le clou de ses prédilections pour un théâtre d’art qui lie tout ensemble le risque et la séduction.

Séduction bien évidemment d’un programme qui a la bonne idée de s’ouvrir sur Une chambre en Inde dernière et coruscante création du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine qui, dans un tohu-bohu savamment organisé, y fait souffler tous les vents, ceux du rêve, mais aussi des cauchemars forgés d’angoisses et violences d’aujourd’hui. Celles d’un monde « hors de ses gongs » et qui craque à toutes ses coutures. Brassant les formes et les styles, le théâtre moderne et traditionnel, le chant et la danse, la poésie et le burlesque, Ariane Mnouchkine et sa troupe de comédiens font du rire une arme contre l’obscurantisme et, tout en s’interrogeant sur les capacités du théâtre à changer le monde, lui rendent un éclatant hommage.
C’est aussi par un hommage non pas au théâtre, mais à un théâtre, celui de la Volksbühne (La voix du peuple) que s’achèvera cette 31ème édition avec Sentiments connus, visages mêlés spectacle en allemand surtitré de Christoph Marthaler. Aidé de sa complice scénographe Anna Viebrok, Marthaler homme de théâtre et musicien, fait surgir des fantômes pour évoquer, entre musique et burlesque, pas de côté et nostalgie, la scène mythique berlinoise qui rayonnait à l’Est. Laquelle, outre Frank Castorf qui la quitte aujourd’hui, fut dirigée par Benno Besson, Heiner Müller, Mathias Langhoff. Créé à Berlin, le spectacle est présenté en primeur au Printemps des comédiens, tout comme Democracy in america de l’italien Romeo Castellucci qui, avec ce nouvel opus, s’inspire librement de l’essai de Toqueville pour, à partir de la situation américaine, explorer en images chocs et prégnantes le sens du mot démocratie.

Avoir à cœur d’offrir au public le haut de gamme de la création internationale n’empêche pas de cultiver des fidélités, c’est ainsi que les festivaliers retrouveront Guillaume Vincent avec Songes et Métamorphoses et Sylvain Creuzevault qui après la Révolution et Marx, avec Angelus Novus AntiFaust , s’empare du vieux mythe faustien pour à sa manière multiforme et débridée faire résonner quelques échos de notre brûlante actualité.
Au programme encore, cette fresque peuplée de marginaux, d’exclus, de voleurs que sont Les Bas-fonds de Maxime Gorki et à laquelle Eric Lacascade et ses comédiens donnent magnifiquement corps, mais aussi la Volière Dromesko, son cabaret théâtre, sa musique tzigane émaillée de bestiaires loufoques ( Le jour du Grand jour ) et encore le trépidant cabaret ukainien Terabak de Kiev . Parmi les savoureuses découvertes, Lenga sur la diversité des langues par la troupe toulousaine GdRA qui mêle un acrobate des rues de Madagascar, un comédien toulousain, un musicien occitan. En leur compagnie on suit, entre Le Cap et Tananarive, des grands-mères qui semblent venir d’un monde en pleine mutation.

Pour attaché au théâtre qu’il soit, le Printemps des comédiens se veut pluridisciplinaire et fait une large place à la musique, aux marionnettes, aux funambules, aux acrobates, et bien sûr au cirque. Parmi ceux-ci pour cette édition, la compagnie Rasposo qui depuis plus d’un quart de siècle bouscule les codes du cirque, la tradition et la modernité pour réaliser d’étranges et fascinants objets scéniques. La Dévorée présentée à Montpellier tient à la fois de la tauromachie, du tango et de la chasse à courre. Entre performance au trapèze, au fil de fer ou au cerceau, on y évoque Achille et Penthésilée l’impitoyable reine des amazones.
« Au Printemps des comédiens nous pensons que le théâtre est là pour nous permettre de nous réunir et de nous réjouir ensemble d’être libres et vivants » affirme le Président de la manifestation, Jean-Claude Carrière qui, accompagné d’un musicien, racontera en moins de deux heures le « Mahabharata, qu’il fréquente assidûment depuis que pour Peter Brook il s’est penché sur cette gigantesque et magistrale épopée indienne.

Printemps de Comédiens à Montpellier du 30 mai au 1er juillet tel 04 67 63 66 66

Photos :Pierre Déaux funambule ©Luc Fesquet, - Angelus Novus ©Cie Le Singe

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