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Wagner et Schumann concentrés

par Christian Wasselin

Grâce à un ensemble de versions choisies avec soin, Douglas Boyd renouvelle notre écoute de pages célèbres du répertoire romantique allemand.

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IL EST DES SOIRS où l’expression « orchestre de chambre » prend tout son sens. C’était le cas le 11 octobre dernier, à l’occasion du concert de l’Orchestre de chambre de Paris qui s’ouvrait par la version originale de Siegfried Idyll, partition offerte par Wagner à sa femme Cosima, rappelons-le, à l’occasion de l’anniversaire de celle-ci. Une version écrite pour une douzaine d’instrumentistes, qui nous change des interprétations symphoniques habituelles (le compositeur ayant dû ensuite, pour des raisons matérielles, arranger pour grand orchestre sa partition).

Siegfried Idyll, donc, ou plutôt Tribschen Idyll, titre donné d’abord par Wagner à sa partition, du nom de la villa qu’il habitait alors au bord du lac de Lucerne. On est ici en effet en pleine intimité (qu’on se rappelle Ludwig, le film de Visconti, qui nous montre les musiciens offrant cette page comme une aubade sur le perron de la villa), chaque instrument jouant son rôle de soliste. Douglas Boyd, directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris, excelle à mettre en valeur chacun d’entre eux, à garantir la transparence et le relief de l’ensemble.

L’orchestre, un peu plus fourni, s’efforce de prolonger l’impression d’intimité avec les Wesendonck Lieder, d’autant que la version choisie n’est pas celle, le plus souvent jouée, de Felix Mottl (Wagner n’ayant lui-même orchestré que le dernier des cinq lieder) mais celle de Hans Werner Henze, qui a été créée en 1977 : sept bois, deux cors, une harpe et un petit ensemble de cordes créent un monde intérieur, coloré, parfois violent, mais la voix profonde et la relative placidité d’Yvonne Naef s’accordent mal avec ce traitement instrumental nerveux et délicat à la fois. On a l’impression que la soliste et le chef évoluent dans deux univers parallèles et le résultat déconcerte.

Animato

On retrouve heureusement l’animation du début avec la Quatrième Symphonie de Schumann, donnée ici dans sa rare version originale, à l’époque où elle n’était encore, en réalité, que la seconde symphonie du compositeur (l’œuvre prendra le numéro 4 quand Schumann la retravaillera après la composition de sa Symphonie rhénane, qui porte le numéro 3).

Il faut saluer cet ensemble de choix faits par Douglas Boyd, qui procède d’un désir de récuser la routine et de redonner à entendre des pages qui sonnent parfois de manière trop confortable. L’auditeur familier de la Quatrième Symphonie est heureux de redécouvrir cette version qui lui fait découvrir, dans le premier mouvement et surtout dans le finale, des idées que Schumann modifiera par la suite ou auxquelles il renoncera. L’objectif ici, notamment, et de réveiller notre attention, et l’on se réjouit d’entendre un Schumann incisif, abordé dans des tempos allants, même si la couleur de l’orchestre n’est pas toujours idéale : les cuivres manquent parfois de finesse (la transition entre le troisième et le quatrième mouvement, moins développée que dans la version définitive, commence avec majesté mais se poursuit un peu moins bien), mais les bois jouent le jeu avec ardeur et les cordes sont irréprochables.

Voilà bien le type de concert, même si le programme est un peu court, qui nous prouve qu’il est toujours possible à un chef et à son orchestre de surprendre et de captiver.

illustration : Tribschen, la maison de Wagner sur une carte postale ancienne

Wagner : Siegfried Idyll - Wagner/Henze : Wesendonck Lieder – Schumann : Symphonie n° 4 (version originale). Yvonne Naef, mezzo-soprano ; Orchestre de chambre de Paris, dir. Douglas Boyd. Théâtre des Champs-Élysées, mardi 11 octobre 2016.

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