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Critiques / Opéra & Classique

Venus and Adonis de John Blow

par Caroline Alexander

Le charme délicat du baroque à l’anglaise

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Une fois de plus, depuis le début de cette saison 2012/13, c’est dans une capitale régionale qu’est né le plaisir d’une redécouverte musicale. Venus and Adonis du britannique John Blow (1649-1708) a été créé à la mi-octobre au Théâtre de Caen en coproduction notamment avec l’Opéra Comique qui l’accueille ces jours-ci.

Ebauche d’opéra, semi-opéra ou « masque » comme l’appelaient les anglais du 17ème siècle, ce divertissement destiné à la cour royale de Charles II, détourne la tragédie des mythiques amours de l’Olympe en un jeu subtil où la poésie, l’élégance, la délicatesse sont imbibés d’humour. Car le « non-sens » et l’auto-dérision si chers au « british humour » sont déjà en éveil dans cette savoureuse commande d’Etat.

Alors que l’Italie avec Monteverdi, puis la France avec Lully avaient déjà adopté la mise en musique du théâtre sous la forme désignée par le mot « opéra », l’Angleterre n’y avait pas encore adhéré à la mi-temps des années 1600. John Blow allait en tracer le premier itinéraire. Il était en son temps le musicien le plus réputé du royaume, organiste, compositeur, élu « gentilhomme de la Chapelle Royale », il fut l’auteur de centaines d’odes, de madrigaux, motets, anthems et autres pièces profanes et sacrées pour clavecins, luths, violes et voix. Pédagogue il eut pour élève un jeune surdoué nommé Henry Purcell. Venus and Adonis, unique incursion de Blow dans le domaine du théâtre mis en musique, servit de modèle au Dido and Aeneas de Purcell, premier opéra du patrimoine musical anglais.

La commande du très volage Charles II devait comprendre un rôle pour la cantatrice Mary (Moll) Davies, sa maîtresse ainsi que pour leur fille naturelle Mary Tudor âgée de dix ans. Le choix se porta sur le mythe de Venus et Adonis tiré de Shakespeare et des Métamorphoses d’Ovide et c’est ainsi que Venus y devint une créature folle d’amour mais inquiète, soucieuse de conserver l’amour et le désir de son bel Adonis, chasseur de sanglier et de filles en fleurs. C’est ainsi que son rejeton Cupidon donne des leçons d’amour teintées de méfiance désabusée (ou amusée ?). L’ensemble, avec ses intermèdes dansés et ses chœurs de bergers et de chasseurs, dure à peine une soixantaine de minutes. Juste assez pour régaler le parterre du salon d’un castle for lords avec des airs qui vous enveloppent comme de la soie, des duos de flûtes qui s’envolent dans les nues des sentiments.

Louise Moaty, metteur en scène, Bertrand Cuiller, chef d’orchestre de l’ensemble Les Musiciens du Paradis ont étoffé la partition avec un sonnet de Shakespeare et l’Ode à Sainte Cécile (Begin the sun) que Blow composa dans les mêmes années que Venus et Adonis. Entre le sacré et le profane l’ensemble est forcément hétéroclite mais la musique de Blow, si fine, si ciselée, relie le tout dans des enchaînements qu’illustrent avec grâce les danseurs et danseuses chorégraphiés en gestique baroque par Françoise Denieau.

Le rituel de l’allumage des cierges de l’éclairage à la bougie réinventé par Benjamin Lazar dont Louise Moaty fut longtemps la collaboratrice est parfaitement respecté pour baigner peu à peu les éléments de décors, stèles de bois, arbres, lanternes et lampions dans la douceur et le mystère de lumières instables. Sans doute l’attente est un rien longuette avant d’en arriver au cœur du sujet, l’apparition d’une Venus sortie d’un tableau de Botticelli, la lumineuse soprano Céline Scheen et de son Adonis auquel le baryton Marc Mauillon apporte, en contraste, une présence ingénue et la fermeté d’un timbre rodé aux ornements baroques. Décidément, il ne cesse de s’épanouir ce baryton aux clartés musclées qui passe avec aisance de l’ancien au moderne, de Cavalli, Lully, Rameau, Purcell à Ravel, Offenbach, Dusapin et Oscar Strasnoy pour lequel il interpréta le travesti des bas fonds de Cachafaz de Copi (voir WT du 19 décembre 2010).

Le tout jeune Romain Delalande a les maladresses farceuses d’un Cupidon pré-pubère. Des vrais chiens de chasse – gentiment dressés – colorent et animent la mise en scène éthérée de Louise Moaty. Les accents de la langue anglaise sont parfois estropiés mais la musique compense.

Bonne prestation des chœurs de la Maîtrise de Caen, adultes et enfants, qui défendent avec un plaisir visible et audible les raffinements de la musique de John Blow. Si l’orchestre des Musiciens du Paradis n’a pas encore la taille et la maîtrise des Talens Lyriques de Christophe Rousset dont Bernard Cuiller fut l’élève ou des Arts Florissants de William Christie dont il fut pensionnaire, le jeune chef leur en apporte les atouts d’un dynamisme précieux.

Venus ans Adonis de John Blow livret d’Anne Kingsmill Finch, précédé du sonnet 43 de Shakespeare et de To be sung, Ode à Sainte Cécile de John Blow. Chœur et orchestre Les Musiciens du Paradis, direction Bernard Cuiller, chœur de La Maîtrise de Caen, chef de chœur Olivier Opdebeeck, mise en scène Louise Moaty, chorégraphie Françoise Denieau, scénographie Adeline Caron, costumes Alain Blanchot, lumières Christophe Naillet. Avec Céline Scheen, Marc Mauillon, Romain Delalande .

Paris – Opéra Comique les 12, 13, 14, 15 décembre à 20h.

01 42 44 45 47 - www.opera-comique.com

En tournée :

MC2 Grenoble, les 20 et 21 décembre 2012

Angers-Nantes Opéra :

A Angers : les 6, 8 & 9 janvier 2013
A Nantes : les 14, 15, 17, 18 & 20 janvier 2013

Photos : Philippe Delval

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