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Critiques / Opéra & Classique

Une semaine pour Mozart

par Christian Wasselin

A Salzbourg, le magnifique Quatuor Hagen interroge le mystère de la musique de Mozart.

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Salzbourg, ville natale de Mozart, est le berceau d’une tradition musicale pluri-séculaire que la célébrité de l’auteur de Cosi fan tutte n’a fait que légitimer. Une série de festivals et la fondation du Mozarteum, au XIXe siècle, ont abouti en 1920, à l’instigation de Richard Strauss et Max Reinhardt, à la création du festival d’été, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Objectif des fondateurs : rappeler que la civilisation européenne sait désormais qu’elle était mortelle, certes, comme toutes les autres, mais qu’elle est riche de mille et un trésors. Pour étoffer la vie musicale salzbourgeoise, Herbert von Karajan lança en 1967 le festival de Pâques, mais il ne faut pas oublier que dès 1956 naissait la Mozartwoche (Semaine Mozart), qui a lieu chaque année au mois de janvier, et aux destinées desquelles préside désormais Marc Minkowski.

Nous avons pu assister au premier des quatre concerts donnés par le Quatuor Hagen dans le cadre de cette Semaine. Quatre concerts consacrés à Mozart, les trois premiers proposant trois quatuors à cordes, le dernier un quatuor et le splendide Quintette avec clarinette K 581 (joué par Sabine Meyer). Ce concert a eu lieu dans la grande salle du Stiftung Mozarteum, c’est-à-dire dans un vénérable bâtiment de la fin du XIXe avec orgue et dorures, loin du colossal et glacé Festspielhaus qui réunit différentes salles et où a lieu la majorité des concerts et représentations lyriques à Salzbourg.

Marcher ensemble

Tout a été dit sur l’idéale combinaison que constitue la réunion de deux violons, d’un alto et d’un violoncelle. L’équilibre permis par une telle formation, l’intimité qui s’en dégage, la concentration qu’elle exige des interprètes et des auditeurs, font du quatuor à cordes le parangon de la formation instrumentale (les musiciens) et de la forme instrumentale (les œuvres). Il est vrai qu’entendre quatre instrumentistes à ce point accomplis et complices dans un répertoire on ne peut plus homogène, donne beaucoup à penser sur la musique telle qu’on la conçoit en Occident. Car voilà un type de partition qui ne concède rien à quoi que ce soit. Il s’agit de ce qu’on appelle de la musique pure (expression convenue qui mériterait peut-être une exégèse), une musique qui ne raconte rien, qui n’exprime rien, ou plutôt qui n’exprime qu’elle-même. Une musique qui exige qu’on l’écoute pour de bonnes raisons, sans recours possible à l’anecdote ou à l’illustration : dire que le quatuor est à l’orchestre ce que le dessin est à la peinture est déjà un abus de langage, tant l’art du temps qu’est la musique se situe dans une tout autre sphère que l’art de l’espace qu’est la peinture, même s’il faut du temps pour voir un tableau, même si la musique ne s’épanouit que dans un espace bienveillant au son.

Une musique en soi et pour soi, donc, régie par ses propres lois, lesquelles n’ont rien de commun avec celles de la littérature ou du sentiment, qui ont peu à voir avec celles de l’opéra ou de la musique vocale en général, sauf à faire fi des paroles elles-mêmes et de se concentrer sur la forme de tel air ou de tel ensemble ; alors, il devient possible de retrouver dans l’enchaînement des accords, dans l’agencement des motifs, etc., toutes choses qui régissent la construction musicale, des parentés profondes entre musique instrumentale et musique vocale.

Donner de la voix

Ne pas céder au jeu des transpositions d’un art à l’autre, donc. Ne pas céder non plus au jeu des comparaisons, même si on a envie, sans être cruel, de penser à Baillot dont on a pu récemment découvrir la musique de chambre. Ici, chez Mozart, aucune voix n’est sacrifiée : certes, le premier violon chante (au fait, pourquoi ne pas installer le second violon en face de lui, symétriquement, avec l’alto et le violoncelle entre eux ?), mais le violoncelle n’est pas qu’un paresseux soutien et l’alto sait donner de la voix ou apporter sa part de mélancolie.

Cioran écrira, dans ses Syllogismes de l’amertume  : « Beethoven a vicié la musique : il y a introduit les sautes d’humeur, il y a laissé entrer la colère ». On peut peut malgré tout parler d’humeurs dans la musique de Mozart : celle du finale du Quatuor K 387 est tumultueuse, avec une conclusion d’une abrupte douceur ; celle de l’Andante du Quatuor K 421 est presque obsédante, avec son motif de quatre notes sans cesse répété. Mais l’impression est celle d’une architecture sans cesse évanouie, sans cesse renaissante, ou celle d’une géométrie attendrie, d’un système qui se servirait de l’intelligence des combinaisons pour dire que la musique a quelque chose à voir avec le système des planètes.

Le Quatuor Hagen (photo Harald Hoffmann).

Mozart : Quatuors à cordes K 387, 421 et 428. Quatuor Hagen. Salzbourg, Stiftung Mozarteum, 23 janvier 2015. Prochains concerts du même ensemble dans le même lieu : 24, 30 et 31 janvier.

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