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Critiques / Théâtre

Une place particulière d’Olivier Augrond

par Gilles Costaz

Gare aux Apaches !

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C’est une jeune équipe qui se définit comme un collectif d’acteurs. Ils s’appellent les Apaches ! On risque d’avoir affaire à eux dans les années qui viennent ! Issus du Conservatoire et d’ateliers faits avec Joël Pommerat et Krystian Lupa, ils ont longuement improvisé sur les thèmes de la famille, de l’identité, du dialogue et du monologue, sous la direction d’Olivier Augrond. Celui-ci, en bout de course, prend, réécrit tout et met en scène. Mais il n’efface pas le principe d’éléments divers et qui, une fois réunis, s’associent avec quelques heurts et quelques contradictions. Pour le spectateur, il y a plusieurs fils à tirer, mais un fil conducteur ne s’en dégage pas moins au cours de la soirée. Des gens le plus souvent en couple - mais il y a aussi des solitaires et des personnes dont on a du mal à repérer le partenaire sans attendre, se côtoient dans une grande salle où ils discutent en parallèle, sans nécessairement se connaître. Mais l’on apprend que le lieu de cette première scène est l’antichambre d’un notaire et que tous sont là pour une succession. La suite se compose de moments de la vie de certains des descendants du disparu : un ménage à l’hôpital vient dire que le bébé qu’ils ont emmené chez eux n’est pas le leur ; deux hommes se parlent dans le train et recoupent leurs vies sans voir qu’ils évoquent l’un et l’autre les mêmes personnes ; après une crémation, les proches du mort font connaissance ou se chamaillent autour de l’urne funéraire ; la famille dont les membres ont appris à se connaître diverge sur l’héritage dans une maison qui prend l’eau de toute part ! Au dernier moment, tous semblent s’accorder enfin, mais le ciment familial semble se craqueler à nouveau...
Il est rare que l’écriture collective ait cette qualité. Les dialogues sont forts, nerveux, querelleurs, tout en renvoyant à une intériorité et à des personnalités très marquées. Cela ne veut pas dire que le spectateur ne perd pas pied quelquefois, quand les vérités d’une scène à l’autre ne se rejoignent pas tout à fait comme les morceaux d’un puzzle tels qu’on les trouve dans les boîtes de marchands de jouets. Par exemple, lorsqu’une urne funéraire devient le centre de l’une des scènes, l’on ne sait pas très bien si la personne décédée est un père, un frère ou un ami ! L’écriture peut faire penser à Pommerat ou plus encore à Lagarce. En tout cas, elle est tranchante comme une lame. Certains moments sont violents, selon une vision d’auteur(s) où la douceur rêvée perd le plus souvent ses combats contre la férocité et l’individualisme. La mise en scène d’Augrond, faussement désinvolte, se déploie dans un vaste espace, volontairement sans beauté, fait de bric et de broc, avec des rideaux noirs en fond de scène derrière lesquels peut se dessiner la forme d’une guitare électrique cerclée d’ampoules lumineuses – la musique a son importance, elle danse, elle rugit. Augrond varie les atmosphères, naviguant entre le réalisme et l’étrange. Ce sens du climat, du détail et des actions simultanées traduisent une profondeur et une exigence volontiers masquées par l’aspect négligé et bricolé du décor et des attitudes. Les comédiens, Margot Faure, Candice Lartigue, Patrice Botella, Yves Buchin, Guillaume Marquet, Romain Arnaud-Kneisky, Jean-Philippe Feiss, ont une façon d’exister en scène très immédiate et tiennent la distance en modulant habilement leur présence. Le spectacle souffre sans doute d’avoir gardé trop de textes élaborés au cours des improvisation. Il peut dérouter, mais il sait séduire et troubler. Les Apaches sont déjà parmi nous, telle une tribu prenant place dans notre paysage.

Une place particulière, création collective écrite et dirigée par Olivier Augrond, création musicale de Jean-Philippe Feiss, lumière de Sébastien De Jésus, son de Janyves Coïc, avec Margot Faure, Candice Lartigue, Patrice Botella, Yves Buchin, Guillaume Marquet, Romain Arnaud-Kneisky, Jean-Philippe Feiss.

Le Monfort théâtre, tél. : 01 56 08 33 88, jusqu’au 14 décembre, puis en tournée. (Durée : 1 h 50).

Photo DR.

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