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Critiques / Opéra & Classique

Une balade en compagnie de Nicolas Stavy

par Christian Wasselin

Serein et passionné, le pianiste rapproche ballades, nocturnes et barcarolles.

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« BALADES NOCTURNES » : LE TITRE NE VA PAS DE SOI. Car il s’agit de baptiser un récital donné à 18h30 dans l’auditorium niché entre les quatre tours de la Bibliothèque nationale de France. Mais il suffit de fermer les yeux ou, mieux, d’écouter Nicolas Stavy, et l’illusion est parfaite. Qu’on ne s’attende pas, toutefois, à un récital jouant le jeu des contrastes, ou l’alternance entre les pièces méditatives et les œuvres de virtuosité. Non, Nicolas Stavy préfère d’abord installer la nuit grâce à une Étude d’Hélène de Montgeroult (1764-1835), la 110e d’un ensemble qui en comporte 114 ! On aimerait connaître un peu mieux cette musicienne qui fut contemporaine de Beethoven, d’autant que le récital annonce qu’il met « à l’honneur des créations (sic) musicales inédites » ; mais deux nocturnes (de Chopin et de Fauré), réunis par la Troisième Consolation de Liszt, page ineffable et qu’on peut préférer aux Rêves d’amour du même Liszt, nous ravissent. Gravité sans lourdeur de la main gauche, chant quasi belcantiste de la main droite : Nicolas Stavy ne s’embarrasse pas de rubato et ne nous embarrasse pas de pédale, son piano sonne avec clarté même s’il nous fait traverser des climats d’une manière mystérieuse, délicate, allusive.

Mais voici tout à coup une première surprise : la Sonate en fa majeur de Fauré, écrite en 1863 et conservée à l’Université Yale, dans le Connecticut. Le compositeur a dix-huit ans, et il nous livre là une page qui ne ressemble en rien à ce qu’on attendrait ; une composition vive, qu’on croirait signée Haydn ou Clementi, ou sortie de la plume du très jeune Schubert, avec un menuet en guise de mouvement central ! Moment de fraîcheur qui précède deux vastes barcarolles : la transcription par Liszt du sublime lied Auf dem Wasser zu singen de Schubert. Bien plus qu’une transcription en réalité, plutôt une paraphrase agitée, où le thème « à chanter sur l’eau » est pris dans un véhément maelström. Puis la Barcarolle de Chopin, que Nicolas Stavy aborde également sans fard, avec un souci d’équilibre et de chant qui fera merveille dans la Première Ballade du même Chopin, dont le pianiste nous rend la redoutable coda, faite de silences et de contrastes télescopés, avec une fièvre plus maîtrisée qu’Henri Barda il y a quelques mois, salle Gaveau.

La Ballade op. 19 de Fauré s’est auparavant glissée sous les doigts du pianiste : Marguerite Long autrefois, dans la version avec orchestre, en avait fait l’un de ses chevaux de bataille. Nicolas Stavy s’empare de la version pour piano seul et, grâce à la rigueur de son jeu, dépasse l’apparent morcellement de la forme et donne à cette fantaisie un lyrisme qu’on n’y perçoit pas toujours. Fauré a aussi les honneurs du premier bis, que suit la célèbre Mélodie hongroise D 817 de Schubert, toujours aussi déconcertante de beauté et de simplicité.

Illustration : Nicolas Stavy (dr)

« Balades nocturnes » : Montgeroult, Chopin, Liszt, Fauré, Schubert ; Nicolas Stavy, piano. Auditorium de la Bibliothèque nationale de France, 9 avril 2019.

À écouter : Fauré par Nicolas Stavy, 1 CD Bis comportant notamment la Sonate inédite.

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