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Critiques / Théâtre

Une actrice de Philippe Minyana

par Gilles Costaz

Judith Magre par elle-même, deuxième version.

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Judith Magre, qui ne quitte pas nos scènes depuis les années 50 (avec brio, passant de Giraudoux à Duras), ne joue pas à être un monument ni à être ce que les Japonais appellent un « trésor vivant ». N’empêche, elle fait l’objet d’une pièce sur elle-même, et elle en est l’interprète principale ! Philippe Minyana lui a écrit une pièce d’autant plus sur mesure qu’il l’a longuement interrogée avant d’écrire un texte précisément en forme d’interview. C’est la manière de Minyana, qu’il a le plus souvent pratiquée avec des anonymes : il fait parler des gens, puis donne la forme qu’il veut aux propos récoltés. En composant son texte sur Judith Magre, pour que l’objet fini n’ait rien d’un hommage compassé, l’auteur s’est permis quelques facéties en mêlant un peu de faux avec le vrai, qui reste l’essentiel des confidences. A aucun moment, il ne fait pontifier l’actrice. Son personnage ouvre des portes, mais en referme beaucoup. L’intervieweur prétend qu’il va écrire un livre sur elle. Elle en rit et mène son questionneur vers des domaines peu sérieux où l’on blague plus qu’on ne se révèle. L’ensemble reconstitue quand même, en savants pointillés, une bonne part de la vie privée et professionnelle de Judith Magre : ses rencontres avec Marcel Aymé, Jean-Paul Sartre – qui la jugeait semblable à Néfertiti -, Simone de Beauvoir, Genet, Giacometti, Aragon… 
Le principe de fuir l’esprit de sérieux se retrouvait dans la distribution et dans la mise en scène à la création en mars. Pierre Notte avait organisé et joué le spectacle à sa manière blagueuse, intégrant même une troisième personne, Marie Notte, qui intervenait comme chanteuse. Mais un problème de santé de l’actrice a interrompu le spectacle, qui, après un arrêt d’un bon mois, reprend, dans une autre mise en scène. Notte, en effet, pris par deux pièces dont il a la charge dans le off d’Avignon, n’a pu assurer les nouvelles représentations. Thierry Harcourt lui a succdédé et a conçu une mise en scène différente où nous ne sommes pas dans la même relation avec les acteurs. La disposition de la salle est inversée mais ce qui s’inverse avant tout, c’est la tonalité. Là où Notte riait, Harcourt préfère le retrait respectueux. Il n’en joue pas moins le rôle de l’intervieweur curieux, mais il le fait dans l’attention, sans impatiences bouffonnes, dans une réserve élégante. Judith Magre, quant à elle, continue d’incarner Judith Magre. Elle réussit à être à la fois elle-même et une autre, une individualité discrètement rebelle et un personnage qui offre d’abord au public son rire et son refus de tout discours prétentieux. Après avoir joué Duras (L’Amante anglaise), Magre joue Magre. Comme malgré elle. En parlant du passé sans nostalgie : un exploit.

Une actrice de Philippe Minyana, lumières de Jacques Rouveyrollis et Jessica Duclos, mise en scène de Thierry Harcourt, avec Judith Magre et Thierry Harcourt. (Les 3, 4, 5 et 8 juillet Thierry Harcourt sera remplacé par Christophe Barbier).

Théâtre de Poche-Montparnasse, 19 h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 20 mai. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1 h 5).

Photo Pascal Gely.

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