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Critiques / Théâtre

Und d’Howard Barker

par Gilles Costaz

Natalie Dessay grande actrice !

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Natalie Dessay avait parlé de faire ses débuts au théâtre dans un vaudeville de Feydeau. Et voilà la grande cantatrice dans le théâtre le plus périlleux qui soit : un monologue de l’Anglais Howard Barker, tout à fait mystérieux, que la mise en scène de Jacques Vincey place dans un environnement angoissant. On peut penser, un instant, à Oh les beaux jours de Beckett. Une femme immobile parle. Elle ne bouge pas, mais son esprit tourne dans tous les sens, sa parole est tout en ruptures. Cette femme qui s’appelle Und se dit juive et aristocrate. Mais rien n’est certain dans ce qui est affirmé et dans le rendez-vous avec un homme qui ne vient pas. Cet homme pourrait être son bourreau. La Shoah hante le monologue. Et la mort menace Und partagée entre ses souvenirs, son dialogue avec l’homme invisible qui s’approche et les sensations qui surgissent à chaque instant.
Le texte de Barker est une énigme passionnante pour un metteur en scène qui doit lui donner sa réalité théâtrale. Jacques Vincey donne à l’héroïne une hauteur dérisoire : elle est debout sur un tabouret. Au-dessus de sa tête, des pains de glace suspendus verticalement la menacent. Ils fondent, ils s’effondrent. De bruits d’éclats, de chocs surgissent. Un musicien, Alexandre Meyer, situé à la droite de la scène, complète la partition sonore à partir de sa guitare électrique et de son clavier. Tout un univers d’oppression est en place. Natalie Dessay est à la fois la victime et la victorieuse. Son personnage lutte avec l’aide des mots jusqu’au bout. Dans un premier temps, l’interprète est dans une robe rouge qui l’allonge et lui donne une forme allongée de femme de la Haute-Egypte. Puis elle perd sa robe, ses cheveux. Ce n’est plus qu’une créature écrasée, dépossédée, abîmée, mais qui conserve la flamme de l’humanité. Allant de la grandeur à l’humiliation, Natalie Dessay passe de l’aigu au grave, du prophétique au quotidien, du théorique au concret. Son jeu brasse des sentiments infinis et contradictoires. Elle chante à la toute fin de la pièce : une prière pour les morts. Elle est magnifique à l’intérieur d’un moment de théâtre sidérant.

Crée en juin 2015 au Théâtre de l’Olympia ,CDN de Tours le spectacle est actuellement à l’affiche du théâtre des Abbesses à Paris

Und d’Howard Barker, texte français de Vanasay Khamphommala, mise en scène de Jacques Vincey, scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy, lumières de Marie-Christine Soma, musique et son d’Alexandre Meyer, costumes de Virginie Gervaise, maquillage et perruques de Cécile Kretschmar, avec Natalie Dessay, Alexandre Meyer.

Théâtre des Abbesses du 29 avril au 14 mai
En tournée : 17-21 mais Marseille Théâtre des Bernardines, 24-25 mai Comédie de Valence (CDN Drôme-Ardèche) , 1er au 4 juin Orléans (CDN)

Photo Christophe Raynaud de Lage.

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