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Critiques / Théâtre

Un vertige de Jean Larriaga

par Gilles Costaz

L’appel du journal intime

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A-t-il bien fait d’acheter un gros cahier rouge ? L’homme est seul devant un bureau ancien, sur lequel le cahier attend qu’on noircisse ses pages. L’homme sait qu’il a cédé à la tentation d’écrire un journal intime. Il a pourtant résisté longtemps, mais, aujourd’hui, il va devoir écrire, se confesser plume à la main. D’ailleurs cet objet encore vierge, le cahier, lui parle de façon muette : il l’invite, l’incite, le presse à écrire. Ecrire quoi ? Tout ce qu’il n’a pas osé dire, tout ce qu’il n’a pas osé affronter. Il dialogue avec le cahier, donc en fait avec lui-même. Il s’est promis d’écrire sans revenir sur rien, sans faire de rature. Mais il commence par une ereur. Sur la première page, à la première ligne, il s’est trompé de date. Faut-il rayer, renoncer, changer de cahier ? Hanté par la peur de la sincérité, l’homme livre un combat irraisonné, où il risque précisément de perdre la raison.
Jean Larriaga a écrit un beau texte sur l’absurde qui nous habite tous, dans la forme d’un vertige croissant, comme le sous-entend le titre. Précisons tout de suite aux spectateurs qui viendront voir ce solo d’un savant déséquilibre que l’auteur et l’acteur ne font qu’un. Tardivement, après une vie consacrée au cinéma, à la télévision, au théâtre et à l’écriture, Larriaga se jette en scène, avec pour seul parapet un monologue composé de chausse-trappe par lui-même ! Larriaga a eu des succès à la scène (L’Extra joué par Claude Piéplu), à l’écran (La Part des lions), et a publié toutes sortes d’écrits, dont un roman où il puise, là comme ailleurs, dans ses souvenirs de fils de boulanger. Il fait à présent ses débuts de comédien. Il n’a pas encore tous les moyens du professionnel, mais il a une vérité peu banale, et même sidérante. C’est un exploit, avec, derrière elle, une belle histoire d’amitié. Les deux metteurs en scène sont des camarades écrivains, dont on connaît les œuvres : Victor Haïm et Robert Poudérou. Ils ont poussé Larriaga vers une sobriété teintée d’angoisse, vers une nervosité progressive, dans la nudité d’un décor fonctionnant comme un piège. Les mots de Larriaga sont eux-même une périlleuse construction en spirale. On se délecte en suivant l’auteur-acteur dans son toboggan cérébral.

Un vertige de Jean Larriaga, mise en scène de Victor Haïm et Robert Poudérou, avec Jean Larriaga.

Laurette Théâtre, 21 h 30 les mercredi et jeudi, tél. : 09 84 14 12 12, jusqu’au 31 mars. Texte à la Librairie Théâtrale. (Durée : 1 h 05).

Photo DR.

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