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Critiques / Théâtre

Un tango en bord de mer de Philippe Besson

par Gilles Costaz

La naissance d’une aube

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« Tango en bord de mer », dit l’auteur, Philippe Besson. Oui, mais entre deux hommes. Marches avant et marches arrière. Quel mouvement l’emportera ? Les deux hommes, que Besson appelle Lui et L’autre, entrent en même temps dans le bar d’un grand hôtel d’une ville balnéaire. Ils viennent de se rencontrer mais ils ne se sont pas vus depuis des années. Ils ont été amants autrefois. Depuis, celui qui est écrivain connaît de plus en plus de succès ; il vit seul, il est dans cette ville pour signer son nouveau livre. Celui qui n’est pas écrivain est un chien fou, il a eu diverses activités et, à présent, est sur le point de se marier. Ils se souviennent, se querellent pour rire et pour de bon, ils veulent tout savoir l’un de l’autre. L’alcool les aide à tanguer dans tous les sens. La nuit leur appartient. Tout est possible. Dormir ensemble. Revivre ensemble. Mais est-ce que tout n’a pas changé ? Se voient-ils le temps d’un entracte ou pour un nouveau chapitre qui exigerait de casser ce que chacun a mis en place de son côté ?
C’est, à notre connaissance, la seule pièce du romancier Philippe Besson. Elle sonne juste, vrai, fort. Besson y a mis sans doute beaucoup de lui-même : cet écrivain qui n’est pas issu des habituels milieux culturels et a pris le goût d’un certain confort, c’est sans doute lui. Surtout, il a le sens du tournoiement des mots. Il sait suivre plusieurs lignes à la fois, sans perdre la ligne principale qui est l’amour – fou, fini, à renaître ? - de ces deux personnages du même sexe. Patrice Kerbrat, qu’il monte Reza, Pinter ou Notte, est un metteur en scène qui a le double sens de l’éclat et du secret, du jeu visible et du jeu invisible. Il instaure à petites touches le climat d’une nuit modérément alcoolique – on s’y emballe, on s’y calme, on s’y endort, on s’y éveille - et dirige les deux acteurs en passant dans leurs cheminements clairs et obscurs. Jean-Pierre Bouvier, que l’on est fort heureux de retrouver au théâtre, incarne l’écrivain en athlète de la vie blessé mais grisé par un espoir invaincu, nostalgique mais joyeux, railleur mais sincère. Quel interprète ! Frédéric Nyssen nous est moins familier, il travaille surtout en Belgique. Il compose de façon très forte un homme différent, plus jeune, plus animal, moins méthodique, plus flou dans sa pensée et pourtant aussi libre que son ami qui travaille du cerveau. Leur duo est épatant. Ils dessinent la naissance d’une aube.

Un tango en bord de mer de Philippe Besson, mise en scène de Patrice Kerbrat, décor d’Edouard Laug, lumières de Laurent Béal, avec Jean-Pierre Bouvier et Frédéric Nyssen.

Théâtre 14, tél. : 01 45 45 49 77, jusqu’au 25 octobre. (Durée : 1 h 15). Texte aux éditions Julliard.

Photo Véronique Vercheval.

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