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Critiques / Théâtre

Un pedigree de Patrick Modiano

par Gilles Costaz

Edouard Baer, un grand lecteur

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Un pedigree n’est pas un roman. C’est le seul livre où Patrick Modiano se dévoie un peu et donne quelques fils permettant de relier sa vie à ses œuvres de fiction. Ce jeune homme - car le récit autobiographique ne parle que des années menant à l’âge adulte, à la libération d’un être étouffé accédant enfin au bonheur d’être lui-même – est l’enfant de parents séparés : la mère est une comédienne sans succès et sans le sou, qui trimballe son fils chez ceux qui peuvent lui donner un peu d’argent (comme l’adorable Suzanne Flon). Le père, séparé de son épouse et sans générosité, vit avec une autre femme et traite son fils comme un adolescent gênant, qu’il cherche à envoyer le plus loin possible. La joie ne viendra que lorsqu’arrivera, dans le courrier du jeune Patrick, la lettre de Gallimard annonçant que son premier roman est accepté…
Le récit est assez sec, parce que l’écrivain ne s’attarde jamais. C’est sec et pourtant d’une grande émotion ! Edouard Baer, de sa voix grave, de sa présence bourrue, fait passer toute cette douleur sans le moindre dolorisme, le moindre goût du pathétique. Son personnage conte, assène, constate. Il est à sa table de travail, et les souvenirs passent, sans plaisir, comme s’il fallait les exprimer sans les commenter, comme s’il fallait plutôt s’en débarrasser. Il nous attendrit sans s’attendrir jamais. Il se lève, s’assoit au gré de tourments invisibles – il sait le texte presque pleinement, l’interprète, ne le lit que par instants. C’est un travail de grand lecteur qui a compris le secret d’une écriture.
La question pour le public va de soi : faut-il dépenser 20 ou 30 euros pour entendre dire un livre qui coûte 6,50 euros ? C’est un luxe, qui vaut le déplacement.

Un pedigree de Patrick Modiano, lecture par Edouard Baer, lumières de Joël Fabing, collaboration artistique d’Anne Berest.

Théâtre Antoine, 19 h du mercredi au samedi, tél. : 01 42 08 77 71, jusqu’au 29 octobre. Durée : 1 h 15. (Texte aux éditions Gallimard).

Photo DR.

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