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Critiques / Festival / Théâtre

Un homme à distance de Katherine Pancol

par Gilles Costaz

L’amour des livres, l’amour de l’autre

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La romancière Katherine Pancol nous fait la surprise d’une pièce. Elle n’avait jamais écrit de théâtre Cet Homme à distance est en fait l’adaptation par elle-même d’un de ses romans. Elle en avait fait une version scénique et la rencontre de deux acteurs, Nicolas Vaude et Christelle Reboul, mit le manuscrit sur le chemin de la concrétisation scénique. Le producteur Pascal Héritier prit l’affaire en main, Didier Long se chargea de la mise en scène. C’est une vraie pièce en effet, toute feutrée, toute ouatée, toute en attente. A Fécamp, une jeune femme libraire prend en charge les commandes d’un touriste américain qui est passé à la boutique un jour où elle n’était pas là. Elle envoie donc, par la poste, des livres à un inconnu. Mais celui-ci a stipulé qu’on pouvait ajouter à ses commandes d’autres livres que la libraire aurait envie de lui faire connaître. Il se déplace à travers la France et indique les adresses où les colis doivent arriver mois après mois. Il reçoit donc les titres qu’il attend et des titres qu’il n’attend pas.
Cet échange de lettres pleines de questions littéraires et de paquets de plus en plus chargés de confidences prend une régularité de dialogue épistolaire et fait naître chez chacun des sentiments de plus en plus violents mais que lui comme elle cultivent et étouffent à la fois. Iront-ils jusqu’à s’aimer, eux qui se rejoignent par la passion de certains auteurs et de certains lieux liés à leurs écrivains de prédilection ? Le plus beau, le plus fort, le plus original du texte de Katherine Pancol, c’est cette rencontre par auteurs et références littéraires interposés. Cet amour imaginaire qui naît dans l’imaginaire est magnifiquement écrit. L’histoire purement sentimentale, qui repose sur la vie personnelle de chacun, est d’un romanesque moins surprenant. Mais le duo se joue souvent dans une belle altitude.
Dans un décor élégamment stylisé de Jean-Michel Adam, Didier Long se joue de la difficulté qu’il y a à faire cohabiter deux personnages qui sont à des kilomètres l’un de l’autre. Il fait apparaître le touriste américain, Nicolas Vaude, comme un fantôme de chair, jamais au même endroit, mais toujours là, dans le périmètre de la librairie. Il donne à la relation entre les deux personnages principaux un air aérien de plus en plus chargé de profondeur et d’émotion. En parallèle, il donne son poids, ou plutôt son contrepoids, concret au personnage de l’assistante de la libraire jouée avec une discrète ironie par Marie-Laure Tartas. Nicolas Vaude n’a pas pris le parti de parler avec un accent, sans doute pour éviter la comédie facile et être pleinement dans un funambulisme entre l’espoir et la crainte de l’amour. Et il l’est pleinement, mi-ange mi-homme. Avec un acteur de cette trempe, les mots trouvent une flamme simultanément romantique et drolatique. Dans le rôle de la libraire, Christelle Reboul est cristalline dans sa voix et dans sa présence. Elle est à la fois dans la clarté et le sous-entendu, l’évidence et le secret, ce qui correspond à tout l’art français de notre littérature, mesurée et pourtant bouillonnante comme l’océan. C’est une grande actrice, admirable dans ce délicat concerto de mots et de silences.

Un homme à distance de Katherine Pancol, mise en scène de Didier Long, décor de Jean-Michel Adam, lumière de Denis Koransky, avec Christelle Reboul, Nicolas Vaude, Marie-Laurence Tartas.

Condition des soies, Avignon, 17h20.

Photo Fabienne Rappeneau.

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