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Critiques / Théâtre

Un chapeau de paille d’Italie de Labiche

par Gilles Costaz

Un autre regard sur le vaudeville

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Le Chapeau de paille d’Italie, que donne la Comédie-Française dans une mise en scène ébouriffante de Giorgio Barberio Corsetti, fait peut-être oublier – mais ce n’est pas sûr ! – une autre mise en scène de la même pièce créée en octobre au Centre dramatique de Tours et présentée en ce moment au théâtre de la Tempête. Cette version, due à Gilles Bouillon, est plus fidèle à l’œuvre originale mais pas du tout académique.
Ce chef-d’œuvre du vaudeville pose de grands problèmes de rythme et les questions du théâtre chanté. Bouillon a choisi de développer les chants et suivi une ligne fantaisiste qui passe par le souvenir de la comédie musicale et d’un surréalisme plutôt sexualisé. Un cheval de cirque (deux acteurs dans une pelisse à la forme chevaline) passe dans la première minute, un mannequin de cire bouge ses bras dans l’atelier de la couturière, un mari trompé se débat en maillot zébré dans sa baignoire : ce burlesque déroulé dans les décors changeants de Nathalie Holt a son charme mais n’est pas innocent. L’inconscience et la férocité d’une certaine bourgeoisie, l’esprit militariste tapi dans certains comportements, la violence que peut avoir la défloration de la mariée, tout cela est débusqué, ou plutôt suggéré dans un mouvement de gaîté qui fait feu de tout bois. L’interprétation de Fadinard (le marié en quête d’un chapeau de paille introuvable) par Frédéric Cherboeuf est comique, mais en même temps d’une rigueur impressionnante. L’acteur gesticule parfois comme les comédiens du muet, mais sans clin d’œil. Il est d’une sécheresse étonnante : ce jeune bourgeois n’est pas un sentimental, c’est un cynique. Voilà qui est bien vu, tandis que le reste de la troupe, en particulier Jean-Luc Guitton, crée avec vivacité une belle galerie de portraits. Tout en menant un vrai travail musical en compagnie de Michel Theuil et des acteurs-chanteurs, Gilles Bouillon porte la fin de chaque acte à l’incandescence, mais aussi à l’inquiétude – car il y a une menace dans ce surgissement répété des invités de la noce, lourds de leurs appétits et de leur conformisme.

Ce spectacle réussit à proposer une lecture d’une époque – la IIe République, le Second Empire -, à être grinçant sans jamais abîmer le pouvoir éclatant du rire et à être respectueux du genre du vaudeville en tendant discrètement la main à des formes théâtrales plus récentes (ah ! la beauté dansante de la dernière scène !) On le saluera avec le même enthousiasme que celui avec lequel on a applaudi la transcription explosive de la Comédie-Française. D’un côté la rigueur rieuse de Gilles Bouillon, de l’autre le délire abracadabrantesque de Barberio Corsetti. Deux réussites qui n’ont pas du tout le même visage dans le miroir.

Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche et Marc Michel, mise en scène de Gilles Bouillon, dramaturgie de Bernard Pico, scénographie de Nathalie Holt, lumières de Michel Theuil, musique d’Alain Bruel, costumes de Marc Anselmi, maquillages et coiffures d’Eva Gorszczyk, collaboration artistique d’Albane Aubry, ave 
Cécile Bouillot, 
Frédéric Cherboeuf
, Stéphane Comby
, Xavier Guittet
, Jean-Luc Guitton
, Denis Léger-Millau, 
Léon Napias
, Marc Siemiatycki, 
Charlotte Barbier, 
Clément Bertani
, Camille Blouet
, Juliette Chaigneau
, Laure Coignard
, Julie Roux
, Mikael Teyssié
, Alain Bruel. Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 16 décembre. (Durée : 2 h).

© F.Berthon

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