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Critiques / Autres Scènes

Un certain art de la fugue

par Christian Wasselin

Deux acrobates gravissent les airs pendant qu’une pianiste les aide à s’envoler en jouant Bach.

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Soit un cube comme un rocher. Une jeune personne arrive (Marie Fonte) et commence à le mettre en morceaux. Un garçon arrive à son tour (Yoann Bourgeois), qui poursuit l’ouvrage. Jusqu’à ce que le cube soit assez malmené : il ressemble maintenant à une maison éventrée, une table et deux chaises elles-mêmes ont rendu l’âme. Vient alors le temps de la danse et du cirque : un mur tombé se fait plan incliné où monter et glisser, un autre mur devient un pignon à pas de moineau, c’est-à-dire un escalier, une espèce de cave à ciel ouvert contient un trampoline où l’on tombe et d’où l’on rebondit, parfois très haut, comme dans un film qui passerait à l’envers. Marie Fonte et Yoann Bourgeois s’abîment avec grâce, s’élancent avec légèreté, à certains moments ils donnent l’impression de monter verticalement sur les murs, de voler sur les escaliers, de marcher sur les airs. Quand l’exercice devient répétitif, ils s’arrêtent, et le spectacle en reste là.

Mais l’art de la fugue ? Il s’agit bien de L’Art de la fugue de Bach que joue la pianiste Célimène Daudet avec sa concentration et son élégance coutumières. A vrai dire, la musique intervient à des moments choisis, il ne s’agit pas ici d’un concert mais plutôt d’une pantomime acrobatique à laquelle la musique, par l’austérité de ses formes et l’abstraction de sa matière, donnerait un écho qui serait tout sauf anecdotique, tout sauf spectaculaire. Parfois la résonance du piano, reproduite électroniquement, se prolonge, enfle, cisaille l’atmosphère. Parfois une fréquence sourde envahit l’espace. Parfois la voix d’un philosophe qui pourrait être Gaston Bachelard explique le pourquoi et le comment de l’imagination. C’est un peu docte, on aimerait que la grâce des corps et celle des doigts de la pianiste ne soient pas perturbées par quoi que ce soit.

En sortant, les physiciens auront vu une parabole sur le vide, les économistes une métaphore de la crise, les sociologues une image du couple qui se défait, les astronomes une interrogation sur les trous noirs, les militaires une représentation d’une forteresse qui cède, les métaphysiciens une méditation sur le temps qui devient poussière, les poètes un jeu avec les formes. Ce spectacle n’est pas un récit, c’est ce qui fait son étrangeté aérienne, elliptique. « La géométrie sait transpirer », explique le programme de salle.

photo Le Monfort

L’Art de la fugue. Marie Fonte et Yoann Bourgeois, danse et acrobatie ; Célimène Daudet, piano. Théâtre Sylvia Monfort, 106, rue Brancion, 75015 Paris ; tél. 01 56 08 33 88 (www.lemonfort.fr). Jusqu’au 9 juin.

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