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Critiques / Théâtre

Un caprice d’Alfred de Musset

par Gilles Costaz

L’infidèle piégé

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On voit de moins en moins les « proverbes » de Musset. Autrefois, la Comédie-Française les donnait en lever de rideau. C’est fini. Il n’y a plus que les cours dramatiques pour se pencher sur ces pièces ni courtes ni longues. Heureusement, la compagnie pARTage a eu la bonne idée de monter Un caprice, l’histoire d’une femme délaissée par son mari et qui le reconquiert grâce à la complicité d’une amie séductrice mais faussement légère. L’homme a ici le rôle de l’arroseur arrosé : il croit tenir une proie et c’est lui qui est manipulé, piégé et mis au pas par les deux femmes qu’il croyait dominer. Sacré Musset ! Ce Don Juan échaudé savait prendre le parti des femmes.
Sylvain Ledda a transposé l’action dans les années 1920 : le fond de décor reproduit exactement une toile de Sonia Delaunay, l’homme est en habit et les femmes coiffées des bandeaux et des plumes qu’on portait dans les années folles. Ce dépaysement est amusant. Est-il utile ? Il ajoute, en tout cas, un peu d’excentricité. Mais c’est surtout la finesse du texte qui est, minute après minute, détaillée dans un climat où le comportement mondain cache élégamment et désespérément la réalité des sentiments profonds. Rien ne bouge, et pourtant tout change ! Pour garder cette ligne, la mise en scène s’appuie sur trois acteurs excellents : Sacha Petronijevic, qui joue tout en nuances secrètes le mari faussement impassible, Séverine Cojannot, l’épouse encore innocente des roueries du jeu social et libertin, et Florence Cabaret, remarquable dans la prise en main de son personnage et du fonctionnement de la pièce – puisque tout repose sur le stratagème et le double jeu de l’amie qu’elle interprète avec une autorité charmeuse. Un très beau moment, incisif avec grâce.

Un caprice d’Alfred de Musset, mise en scène de Sylvain Ledda, scénographie de Marguerite Danguy des Déserts, costumes de Catherine Lainard, lumières de Patrice Lecadre et James Groguelin, avec Florence Cabaret, Séverine Cojannot, Gilles-Vincent Kapps ou Sacha Petronijevic, Clément Goyard. Essaïon, 20h, tél. : 01 42 78 46 42, jusqu’au 12 janvier (durée : 1 h 15).

Copyright : Sabine Le Nechet

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