Elias de Mendelssohn à la Maison de la radio et de la musique le 18 septembre
Un Elias prophétique
La direction enthousiaste de Maxim Emelyanychev emmène vers les sommets le véhément oratorio de Mendelssohn.
- Publié par
- 19 septembre
- Critiques
- Opéra & Classique
- 0
-

IL Y A ENCORE DES ESPRITS CHAGRINS qui considèrent Mendelssohn comme un petit maître, un romantique mineur (comme on le disait autrefois de Gérard de Nerval), un musicien qui n’aurait rien su faire de ses dons d’enfant prodige, etc. Il suffirait qu’ils écoutent Elias pour que tout à coup leurs préjugés s’effacent d’eux-mêmes. Car Mendelssohn est un compositeur essentiel, et il n’est pas étonnant qu’un Kurt Masur naguère ait eu à cœur de défendre et illustrer sa musique, comme le fait aujourd’hui un Daniele Gatti.
À la Maison de la radio et de la musique, ce 18 septembre, c’est Maxim Emelyanychev qui dirige Elias à la tête du Chœur et de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Rien n’est laissé au hasard : le chef dirige à même le plancher, sans estrade, afin d’être de plain-pied avec les musiciens ; les violons I sont à sa gauche, les violons II à sa droite, ce qui donne une grande respiration à l’orchestre. Et puis, bonne surprise, on comprend qu’Emelyanychev se souvient que Roger Norrington, Ton Kooman, John Eliot Gardiner et Paul McCreesh, pour ne citer qu’eux, ont dirigé le Philhar : car c’est un ophicléide qu’on voit, là-bas, près des trombones, et des cors naturels, côté jardin, et des traversos, etc. On présume que les cordes vont jouer sans vibrato sauf à des moments-clefs, pour ajouter à l’expression. Le chœur, situé derrière l’orchestre, est installé avec la même intelligence : les sopranos sont tout à gauche, les altos tout à droite, les ténors et les basses au milieu.
À cette disposition correspond la direction du chef : lyrique, entraînante, implacable quand il le faut, toujours précise, toujours à l’affût des nuances. L’oratorio de Mendelssohn est riche de grandes pages chorales qui expriment l’euphorie, la supplication, la fureur, mais les moments les plus éclatants sont toujours clairement articulés, et le chœur autant que l’orchestre sait donner dans la douceur pour laisser la parole aux solistes – qui, bien qu’ils soient pour la plupart anglo-saxons, participent à une interprétation de la version allemande de l’oratorio de Mendelssohn. (Petite question : quand le livret évoque la parole de Dieu devenue feu, les surtitres passent du jaune au rouge ; est-ce une involontaire fantaisie de la technique ?)
Baal ne répond pas
Roderick Williams n’a pas la voix tonnante ni le timbre très noir, mais il possède l’autorité qui sied à Elias et son air « Es ist genug ! » (« C’en est assez ! ») est très élégamment abordé. Andrew Staples a cette couleur claire et cette souplesse qui font merveille dans le répertoire de l’oratorio. Trois voix de femmes complètent l’ensemble (qui n’incarnent pas de rôle, le seul vrai personnage de la partition étant celui d’Elias, le prophète tour à tour vengeur et réconciliateur) : la mezzo Helen Charlson, la soprano Carolyn Sampson, aux timbres très différenciés, et Rowan Pierce qu’on entend essentiellement dans les ensembles. Il faut ajouter Louis Chardon, membre de la Maîtrise de Radio France, chargé de guetter la pluie qui doit soulager de la sécheresse, et quatre membres du chœur (Kareen Durand, Alexandra Gouton, Émilie Nicot, Élodie Salmon) qui à la fin louent le Seigneur. (On retrouve dans Le Paradis et la Péri de Schumann, par exemple, le même dispositif : un ou deux chanteurs se réservant un personnage, d’autres solistes incarnant des petits rôles ou faisant simplement office de récitants épisodiques.)
Oratorio biblique, Elias a tout de la fresque, avec ses moments barbares, ses foules frénétiques, ses dieux qu’on implore et qui ne répondent pas (saisissant épisode, dans la première partie, des prêtres de Baal), ses rares moments de répit (l’air « Höre, Israel » [« Écoute, Israel »] de la soprano, au début de la seconde partie). On partage l’enthousiasme de Berlioz : « C’est magnifiquement grand et d’une somptuosité harmonique indescriptible. » Il s’agit là d’une partition mouvementée qu’une direction tiède ne saurait que trahir : Maxim Emelyanychev l’a de toute évidence compris. Et si l’on ajoute que le Chœur de Radio France est en très grande forme et que le Philhar joue avec allégresse, on mesure combien cet Elias mérite tous les bravos.
Illustration : Maxim Emelyanychev (photo Andrej Grilc/dr)
Mendelssohn : Elias. Avec Carolyn Sampson, Rowan Pierce, Helen Charlston, Andrew Staples, Roderick Williams, Louis Chardon (soliste de la Maîtrise de Radio France) ; Chœur de Radio France (dir. Lionel Sow), Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Maxim Emelyanychev. Maison de la radio et de la musique, 18 septembre 2026.



