Du 17 septembre au 18 octobre 2026, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30, au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie 75012- Paris, www.la-tempete.fr


La Mort de Jean-Marie de Balma, texte Vincent Guédon (éditions esse que), conception et mise en scène Pascal Kirsch.

Entre la vie et la mort, du côté de la vie.

La Mort de Jean-Marie de Balma, texte Vincent Guédon (éditions esse que), conception et mise en scène Pascal Kirsch.

Le narrateur publie en 2012 dans le journal L’Impossible une lettre ouverte à son frère disparu 29 ans plus tôt. Nulle réponse à ce courrier ni au suivant, l’énigme s’installe jusqu’à la nouvelle de sa mort des mois plus tard. Depuis l’enfance originelle jusqu’à ces retrouvailles impossibles, s’imposent les vides et les silences d’une existence qui s’est efforcée de disparaître, en dépit de tout. Pascal Kirsch élabore une enquête intime tentant de reconstituer une vie traversée de fantômes et saisie par la fiction poétique, faute de preuves.

Personne ne semble s’être inquiété de cette disparition dans cette vie socialement déshumanisée. Pour cette histoire de fratrie et de disparition objective pour les autres et lentement intériorisée pour l’absent, le metteur en scène exigeant donne à voir à la salle trois interprètes et un musicien performer, dans une forme impressionniste près des spectateurs.

La Mort de Jean-Marie de Balma est à la fois un récit et une pièce, écrite par l’acteur Vincent Guédon que nous connaissons bien sur les scènes théâtrales, fidèle entre autres, à l’oeuvre scénique de Jean-François Sivadier. Soit la quête à la fois singulière et authentique d’un frère qui disparaît volontairement, faisant sciemment l’oubli de sa famille - parents, frère…- et de tous, redoutant de s’abandonner aux moindres liens sociaux ou amicaux, fuyant délibérément en quelque sorte les êtres humains qu’il évite toujours.

De la part du cadet qui se souvient d’images d’enfance et d’un grand garçon aux yeux bleus avec lequel il n’a jamais pu converser comme il l’aurait voulu, s’impose la volonté de comprendre - ressaisir ce qui a échappé de l’aîné. Aussi le vivant tente-t-il de reconstituer la vie du défunt - voeu impossible, si ce n’est par l’invention et la fiction, la poésie du verbe, la danse des corps qui sont là et pas là en même temps, ailleurs, quand ils ne disent rien d’eux.

Or, le théâtre de Pascal Kirsch dit tout, ajusté aux mots de Vincent Guédon.

Les interprètes sont à la fois des êtres existentiels et des fantômes, ombres situées dans cet entre-deux qui relève de la sincérité d’un soi profond et de la probabilité de ce qui aurait pu être, a peut-être été esquissé sans certitude.

Yann Boudaud est le frère en quête du disparu, lisant sa lettre et inaugurant la recherche de l’être perdu, s’adressant au public, lui montrant la petite boîte de pierres retrouvée - témoignant d’attachements esthétiques à la beauté du monde. Le narrateur disparaît dans l’ombre de la salle, puis revient régulièrement, dansant dans le silence ses états intérieurs, ouvert à la vie. Il maintient le fil entre réalité et rêve, reconnaissance et perte du frère aimé.

En face de lui, Jonathan Genet interprète celui qui fuit, part et chérit sa solitude, silhouette romantique atemporelle, identité perdue dans une vie déshumanisée et inattentive, jaloux pourtant de ses mystères intérieurs et s’échappant dans des sphères poétiques plus précautionneuses et vraies.

Catherine Vinatier joue les intercesseurs du réel, les rôles divers d’un personnel administratif qui a été le dernier témoin du disparu, figure féminine alerte qui introduit sa part de gaieté et de légèreté, de sourire et de regard pétillant. La comédienne n’en finit pas de rassurer et de réconforter le frère enquêteur, délivrant toujours ce qui ne peut être entamé du bonheur de vivre.

La musique d’Alvise Sinivia apporte à la représentation sa saveur d’inconnu et d’énigme, appliquée à faire résonner les indécidables des impressions sensibles - celles des personnages, interprètes et spectateurs. Il suffit d’un Nagra magnétophone enregistreur à bande magnétique et les cordes de crin pincées d’un piano comme renversé que l’on fait vibrer en les frottant, les doigts glissant de haut en bas, tapant des clous de métal… Une musique contemporaine qui ouvre à tous les ciels et à tous les univers, d’autant que sont introduites pour l’oeil ombres et lumières, dessinées tels des seuils.

Une mise en scène vibrante qui donne à entendre l’impondérable existentiel.

La Mort de Jean-Marie de Balma, texte Vincent Guédon (éditions esse que), conception et mise en scène Pascal Kirsch, avec Yann Boudaud, Jonathan Genet, Catherine Vinatier et le musicien Alvise Sinivia, musique Alvise Sinivia, lumières, régie générale Nicolas Ameil, scénographie Pascal Kirsch, accompagnement à la scénographie et aux costumes Virginie Gervaise. Du 17 septembre au 18 octobre 2026, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30, au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie 75012- Paris, www.la-tempete.fr

Crédit photo : Géraldine Aresteanu

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Véronique Hotte

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