Jusqu’au 30 novembre au Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt
Último Helecho, de Nina Laisné et François Chaignaud
Avec le danseur et chorégraphe François Chaignaud et la chanteuse Nadia Larcher, Nina Laisné donne corps et vie à des musiques et des chants traditionnels sud-américains.

« L’ultime fougère » (Último Helecho en castillan), la complainte de la grande chanteuse péruvienne disparue Chabuca Granda (1920-1983) donne le titre et le ton du dernier spectacle de Nina Lainé. Inscrite dans le cadre du Festival d’automne et du portrait consacré à François Chaignaud (jusqu’au 20 décembre), la performance collective plonge d’emblée dans un atmosphère rétrofuturiste hypnotisante. Après Romances inciertos, un autre Orlando, créé en 2017 et moult fois repris depuis, le danseur et chorégraphe et la plasticienne et metteuse en scène Nina Laisné poursuivent leur utopie de fusion entre danse, musique et chant.
Cette fois les artistes se situent au croisement des mythologies sud-américaines et des croyances liées aux mondes souterrains. Porté par la chanteuse Nadia Larcher, figure emblématique de la scène musicale de Buenos Aires, à la voix ample et rocailleuse, le spectacle, placé sous les signe des devineresses Sybilles, se présente comme une « fantaisie sud-américaine en musiques et danses, aux résonances baroques et divinatoires ».
Tout un univers fantastique et un rien kitsch émerge sur la scène du Théâtre Sarah Bernhardt, plongée dans la pénombre. Très minéral, le décor, entre grotte inquiétante et ruine de palais inca envahi par la végétation tropicale, semble soutenu par une unique colonne qui finit par s’écrouler, soutenue in extrémis par la chanteuse. Très créative, la fantasmagorie conçue par Nina Laisné puise ses sources iconographiques entre autres dans le Codex Martinez Compañon, de Trujillo au Pérou, manuscrit de la fin du XVIIIe siècle, véritable trésor avec ses superbes aquarelles et ses partitions originales.
La pièce déroule un ruban d’une vingtaine de morceaux, dont la moitié purement orchestraux, qui s’enchaînent avec fluidité, déployant un répertoire à la fois folklorique et baroque qui va du XVIème siècle à nos jours. Les frontières entre danse, chant, et instruments s’effacent dans cette performance où les sons des temps passés s’incarnent dans des corps d’aujourd’hui. La petite bande de six musiciens en costumes suit les danseurs dans leurs pérégrinations scéniques et dispensent une musique généreuse qui semble sourdre du fond des âges avec les sonnantes sacqueboutes, le doux théorbe, les percussions martelantes et le bandonéon mélancolique. Faisant fi des genres, le danseur François Chaignaud chante tout comme la chanteuse Nadia Larcher danse, emportés dans un tourbillon d’airs et de pas aux rythmes des vidalas (musique argentine inspirée de la culture inca), des canarios (originaires des Iles Canaries au tempo très rapide), des malambos (danse des gauchos de la Pampa argentine).
Les costumes, coiffures et coiffes témoignent d’une inventivité et d’une imagination fécondes. Les combinaisons très ajustées, couvertes d’un décor végétal coloré, donnent au duo de chanteurs/danseurs des allures de créatures mythologiques entre faunes et fauves. La danse de François Chaignaud, son zapateo, semblent plus violents qu’à l’accoutumée, comme en écho à la crise écologique. Mais comme souvent dans ses spectacles, la danse s’achève en point d’orgue avec l’orchestre entraîné dans une sarabande joyeuse.
Último Helecho, Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt, https://www.theatredelaville-paris.com/fr
Conception, direction musicale, scénographie et mise en scène : Nina Laisné. Chorégraphie, collaboration artistique : François Chaignaud. Conseil musical, collaboration artistique : Nadia Larcher. Création lumières : Abigail Fowler.
Avec François Chaignaud et Nadia Larcher. Et les musiciens : Rémi Lécorché, Nicolas Vasquez, Cyril Bernhard, Jean-Baptiste Henry, Daniel Zapico, Vanesa Garcia.
Photo : Nina Laisné
Tournée :
6 décembre 2025 au Concertgebouw, Bruges
14 janvier 2026 au Quai – Angers en collaboration avec le CNDC
les 24 et 25 janvier : Berliner Festspiele (Allemagne)
Le 29 janvier Théâtre de Liège (Belgique)
Les 6 et 7 février : Le Manège, Reims
Les 13 et 14 février, Teatro Central, Séville (Espagne)
Les 12 et 13 mars, Opéra de Rennes
Les 16 et 17 mars : La Comédie de Clermont-Ferrand
Le 24 mars : Le Grand R, La Roche-sur-Yon
Le 28 mars : Théâtre Auditorium de Poitiers
Le 4 avril : La Raffinerie, Bruxelles (Belgique)
Le 9 avril : Tandem, Scène nationale Arras-Douai
Les 20 et 21 mai : Le Quartz, Brest



