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Critiques / Théâtre

Ubu Roi d’Alfred Jarry

par Gilles Costaz

Des acteurs dans un castelet

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On sait qu’Alfred Jarry écrivit Ubu Roi pour des marionnettes. L’idée de Valéry Forestier et de sa compagnie Le Puits qui parle rejoint le principe du castelet. Mais, dans la boîte noire, il y a des acteurs dont on ne voit que la tête, prise dans le halo d’un projecteur. Les personnages sont des êtres-troncs comme le sont les présentateurs de télévision. Forestier fait ainsi la jonction entre le décervelage selon Jarry et l’aplatissement des cervelles tel que peuvent le pratiquer (parfois) nos chaînes à l’heure du journal ! De droite à gauche, le père Ubu, barbu, la jouissance du mal brillant dans ses yeux, la mère Ubu, la mâchoire féroce et la tignasse blonde en désordre de guerre, et enfin un troisième acteur, qui joue tous les autres personnages, dont Venceslas, le rival d’Ubu. En fait, les deux comédiens principaux peuvent sortir de leur rôle et figurer raidement un autre comparse. C’est un jeu où l’on s’amuse à quitter sa partition pour un autre et même, pour celui interprète l’horrible Ubu, à s’extirper du castelet pour y revenir rapidement.
Le spectacle est frénétique, sous les faisceaux des projecteurs et des lampes de poche trouant la nuit : un jeu de massacre permanent, comme le voulait Jarry. Sabrina Amengual, dans le rôle de la mère Ubu, est particulièrement saisissante. Pour passer de la beauté à la hideur elle ne craint personne ! En père Ubu, Michaël Egard joue joliment d’une autre carte, celle de la placidité vénéneuse, et il est très plaisant. Face à la multiplicité des rôles qui lui sont impartis, Valéry Forestier fait preuve d’une hilarante virtuosité (mais est-ce qu’il ne se fait pas trop plaisir à la fin de la pièce ? ). Tous trois forment un très vif guignol humain. Cet Ubu Roi a déjà une longue histoire, commencée dans le off d’Avignon il y a plusieurs années. C’est dire qu’il a acquis le plus fort de son rythme et de son efficacité. Cornegidouille, vive ce père Ubu !

Ubu Roi d’Alfred Jarry, mise en scène et scénographie de Valéry Forestier, avec Sabina Amengual, Michaël Egard, Valéry Forestier.

Lucernaire, 20 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 7 juin. (Durée : 1 h 15).

Photo Rachel Rousseau.

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