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Critiques / Théâtre

Transsibérien je suis de Philippe Fenwick

par Gilles Costaz

Les baladins du monde moderne

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Peu d’artistes vivent la passion du théâtre avec l’intensité d’un Philippe Fenwick et de sa troupe, Z.O.U. (Zone d’ombre et d’utopie). Cette équipe n’est-elle pas allée en train, en voiture et à pied de Brest à Vladivostok ? 12 000 kilomètres pour représenter un spectacle qui s’est agrandi et nourri des expériences vécues au jour le jour. Fenwick a plusieurs fois, dans un livre, dans les différentes versions d’un spectacle précédent, cette folle épopée. Mais, grâce à l’aide du théâtre 13 (où l’on a pu voir ce Transsibérien je suis), de la Criée à Marseille et du Théâtre national de Nice, c’est-à-dire grâce à trois femmes, Colette Nucci, Macha Makeïeff et Irina Brook, il a pu accoler et comprimer ses deux textes, Atavisme et On a fait tout ce qu’on a pu mais tout s’est passé comme d’habitude. Il y a donc au départ deux pièces et surtout deux idées. D’un côté, le spectacle évoque un chanteur de Brest, Jacques Mercier, qui proclame qu’il va voyager et reste totalement immobile dans son domicile du quartier de Recouvrance – l’ombre de Mac Orlan qui célébra ce quartier avant et après la guerre de 14-18 ne plane pas, nous ne sommes pas dans les mêmes années. D’un autre côté se détaille le récit de la troupe, cherchant des subventions, en trouvant quelques-unes, obtenant des accords d’Alliances françaises sur sa route, rejoignant l’Ukraine puis la Russie, jouant dans certaines grandes villes puis stoppant tout à Samara. Les acteurs se dispersent. Seuls, Fenwick et sa femme, Marine Paris, poursuivent, en amoureux solitaires, jusqu’à Vladivostok. Une lutte menée pendant huit ans s’achève sur un échec, relatif. Le rêve a quand même pris forme et a été largement réalisé.
Le spectacle se joue sur deux aires de jeu : la scène du monde où sont transfigurés, stylisés, les épisodes vécus dans le train et à Moscou (s’y intègre aussi la vie immobile et brestoise du mystérieux Jacques Mercier) et le bureau de l’auteur qui vient conter ses combats contre les moulins à vent et ses coups de téléphone au ministère de la Culture. Fenwick, en effet, joue lui-même son rôle d’une manière amusée et séduisante. Les autres scènes, très enlevées, où musique, chant, danses, éclairages étranges et effets de surprise empêchent toute monotonie, surgissent en cascades. Marine Paris sait tout faire : danser, jouer de la contrebasse. Sergueï Vladimirov, Philippe Borecek, Philippe Arestan, Hugues Hollenstein, Grit Krausse et Nathalie Conio ont des personnalités fortes et chahuteuses. D’ailleurs, le spectacle est lui-même chahuteur, traversé d’une vie et d’une vitalité communicatives. On aime ces baladins modernes, ces Capitaines Fracasse du XXIe siècle.

Transsibérien je suis, texte et mise en scène de Philipe Fenwick avec la collaboration de Nathalie Conio à la mise en scène, scénographie de Philippe Fenwick et Félix Deschamps, création de l’ombroscope et des vidéos d’Hugues Hollenstein, costumes de Magali Castellan, lumière de David Mossé, musique et son de de Romain Quartier, avec Philippe Arestan, Philippe Borecek, Philippe Fenwick, Hugues Hollenstein, Grit Krausse, Marine Paris, Sergueï Vladimirov, Nathalie Conio. et la participation de Claudine Baschet, Simone Hérault et Muriel Piquart.

Théâtre national de Nice, du 27 au 30 avril, puis Théâtre national La Criée, Marseille

(friche La Belle de mai), du 11 au 14 mai. (Durée : 1 h 50).

Photo Benoît Fortyre.

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