Accueil > The Beggar’s Opera de John Gay et Christoph Peppusch

Critiques / Opéra & Classique

The Beggar’s Opera de John Gay et Christoph Peppusch

par Caroline Alexander

Un bonheur à la saveur 100% british

Partager l'article :

Des gradins de l’orchestre aux derniers balcons, l’espace public du Théâtre des Bouffes du Nord, est complet jusqu’au dernier strapontin, voire la dernière marche. Le public a les yeux rivés sur une muraille de cartons empilés. Les lumières baissent, le silence s’installe en attente. Puis vroum ! Les portes claquent derrières les spectateurs.

Une bande loubards encapuchonnés se précipitent sur la scène. S’arrêtent net. Quelques-uns se jettent sur une pile de cartons, en extirpent qui un violon, qui un hautbois, qui un luth… Voyous voleurs et musiciens ils chantent et reconstituent l’orchestre des Arts Florissants tandis que leur chef Bill Christie, blouson de motard, lunettes noires et fine queue de cheval de cheveux blancs, s’installe au clavecin.

Ensemble ils se mettent à interpréter cet opéra des gueux, « ballad opera », ballade musicale née sous la plume du poète anglais John Gay (1685-1732) et la musique de l’allemand Christoph Peppusch (1667-1752) dont le thème et les personnages inspireront deux siècles plus tard le Dreigroschenoper/Opéra de Quat’sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht.

On y rencontre donc les ancêtres éponymes de Macheath, de Polly, Peachum et autres Lucy ou Jenny, leur milieu interlope où tout le monde, du plus bas au plus haut de l’échelle sociale, est par définition dépravé et corrompu. A sa création en 1728 l’œuvre connut un succès fulgurant qui se prolongea durant plus d’un siècle. Puis tomba dans l’oubli malgré quelques timides tentatives de résurrection dont l’une des plus récentes fut réalisée par Benjamin Britten en 1948.

Son retour sur scène est un bonheur à la saveur 100% british. On y chante, on y danse, on y papote en v.o. L’inventif metteur en scène canadien Robert Carsen en signe la réussite en complicité dramatique avec Ian Burton et celle musicale avec Christie et ses canailles instrumentistes. Ensemble ils font faire à l’œuvre un grand écart dans le temps, ils l’installent dans les modes et remous de notre vingt et unième siècle avec son Brexit, ses passeurs de cames, ses téléphones portables et ses tablettes où sont inscrites les partitions.

Le jeune Benjamin Purkiss incarne un Macheath belle gueule labellisée séducteur au timbre clair de baryton Martin. Polly par Kate Batter, comédienne et chanteuse rôdée au répertoire baroque, a des aigus qui filent aux cintres tels des papillons de nuit tandis que Lucy par Olivia Brereton alterne douceur et sauvagerie d’une voix aussi flexible qu’un élastique. Robert Burt a les épaules carrées et l’autorité affichée d’un Peachum sûr de sa puissance, Beverley Klein campe son épouse d’un timbre à la rugosité revendicatrice et, dans le rôle du gardien de prison Lockit (au nom qui enferme…) Kraig Thurnber s’amuse visiblement à faire le méchant avec l’âpreté d’un petit chef.

Dans ce champ de cartons qui dégringolent et s’ouvrent sur toutes sortes d’espaces, musiciens, acteurs, danseurs virevoltent en justesse et cadences offrant à ce Beggar’s Opera délaissé une renaissance en punch et en charme. Irrésistible !

The Beggar’s Opera de John Gay et Christoph Peppusch, adapté par Ian Burton et Robert Carsen, conception musicale de William Christie, mise en scène de Robert Carsen, scénographie James Brandily, costumes Petra Reinhardt, chorégraphie Rebecca Howell, lumières Robert Carsen et Peter van Praet. Avec Robert Burt, Beverley Klein, Kate Batter, Benjamin Purkiss, Kraig Thomber, Olivia Brereton, Emma Kate Nelson….

Théâtre des Bouffes du Nord – du 20 avril au 3 mai, du mardi au samedi à 20h30, matinées les samedis à 15h0.
0146 07 34 50 – www.bouffesdunord.com

Photos Patrick Berger

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.