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Critiques / Théâtre

Têtes de l’art de Bernard Fructus

par Gilles Costaz

Qui de l’homme et du cochon, est le plus porcin ?

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On ne compte plus les « têtes de lard » dans l’atelier du village où se prépare la viande à mettre rapidement en magasin : le jeune boucher pour qui la camaraderie virile passe avant la morale la plus élémentaire, sa sœur totalement perdue et tendre comme du mou de veau malgré son mauvais caractère, la mère qui tient la boutique avec la passion des enfants et des gros sous, et le copain qui a un peu trompé tout le monde dans la région et vient essayer de piquer un peu de sexe et de fric. Et puis il y a le cochon de 412 kilos qui grogne dans son coin et qu’il va falloir saigner et débiter ! Ah ! Quel beau monde ! On se doute que tous ces braves gens et la bête à abattre vont joliment s’étriper ! L’être humain pourrait être plus porcin que le cochon lui-même.
La pièce de Bernard Fructus peut faire penser aux œuvres de Tilly qui, fut dans les années 80, le champion d’un nouveau réalisme au théâtre. Il y a là une même crudité vraie du langage associée à une certaine méticulosité du décor. A coups de saucissons et de lames effilées, tout respire la boucherie et la charcuterie, tandis que les photos et les posters renvoient aux souvenirs d’un cinéma violent et fantastique. Fructus a un sens savoureux du langage et les évolutions retorses de ses personnages sont habiles. Seulement, est-ce qu’on n’en a pas un peu assez de ce refrain qui chante sans renouveler la musique l’antienne de « tous pourris » ? Il est vrai que le personnage de la jeune femme n’est pas odieux et sauve un peu cette humanité crapuleuse. D’ailleurs, la mise en scène de Tim Remis donne beaucoup d’épaisseur aux personnages qui ne sont pas d’une seule pièce mais ont généralement leur ambiguïté et leurs contradictions. Loïc Legendre (le fils) sait être un mélange de force et de faiblesse. Timotée Manesse (le copain) a l’art d’être changeant et énigmatique. Morgane Bontemps (la sœur) trouve une justesse étrange loin de tout stéréotype. Carole Massana (la mère) a de l’énergie et du tranchant. Cette énorme charge contre la vilénie ordinaire de nos chères provinces n’a guère le temps de paraître lourde tant le rythme est enlevé et soutenu avec une belle santé. Et il y a le cochon de 412 kilos, dont la critique ne peut révéler à quelle école d’art dramatique il a appris son métier, car sa remarquable prestation, coachée (et pas cochonnée) par Antoine Laurent, repose sur des secrets bien gardés.

Têtes de lard de Bernard Fructus, mise en scène de Tim Remis, décor de Nadine Monnier et Philippe Manesse, musique de Sarah Manesse, costumes de Chloé Saboureau, son d’Antonin Dalmasso et Olivier Delevingne, avec Morgane Bontemps, Loïc Legendre, Timothée Manesse et Carole Massana.

Café de la gare, tél. : 01 42 78 52 51. (Durée : 1 h 30).

Photo Katia Maeder.

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