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Critiques / Théâtre

Tartuffe de Molière

par Gilles Costaz

Un forban d’aujourd’hui

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Cette vision de Tartuffe, qu’on devrait voir la saison prochaine à Paris et dans les grandes villes, affirmera l’émergence d’un jeune metteur en scène qui a déjà signé plusieurs spectacles mais a surtout été l’assistant de Jérôme Savary et Jérôme Deschamps. Pour lui, la pièce de l’Imposteur se situe dans le Paris d’aujourd’hui et dans une famille « bobo », où rien ne manque, ni le champagne, ni l’appétit de vivre dans le bien-manger et la frénésie musicale. Seulement, il y a Orgon, qui veut imposer sa rigueur religieuse à une famille qui lui échappe, et Tartuffe qui est, là, un véritable ecclésiastique, le col blanc dominant le costume noir. Tout cela finira encore plus mal que dans le texte, Delvert s’autorisant à la dernière seconde une invention qu’on ne révèlera pas, qui ne trahit en rien Molière mais ajoute une note d’une forte puissance dramatique.
Les transpositions des classiques dans l’ère moderne, ça passe ou ça casse. Avec Delvert et son équipe, cela passe, dans une volupté des équivalences. Grégoire Leprince-Ringuet campe un tartuffe inquiétant, à la sexualité ambiguë : un prêtre gandin d’une intransigeance terrifiante. Vincent Schmitt est un Orgon dont la bonhomie est ravagée par une lourde inquiétude. Vanessa Devraine donne au personnage d’Elmire une présence sensuelle, loin de l’embourgeoisée de la tradition, qu’on ne lui connaissait pas et qui est éclairante. Martine Pascal porte le rôle de Madame Pernelle en mettant une vive intellligence dans l’expression de l’étroitesse d’esprit. Sandrine Attard est, avec autorité, une Dorine moderne, forte gueule, mangeant avec ses maîtres. En Mariane, Louise Deschamps a une vivacité dont on aime la fébrilité.Le spectacle divisera mais, comme il est traversé par un vrai sens de la société d’aujourd’hui, il plaira à ceux qui goûteront, à chaque scène, un décalage temporel jamais gratuit, jamais artificiel.

Tartuffe de Molière, mise en scène de Laurent Delvert, scénographie et costumes de Frédéric Rebuffat, création sonore de Madame Miniature, lumière de Fred Millot, avec Sandrine Attard, Carol Cadilhac, Stéphane Daublain, Louise Deschamps, Vanessa Devraine, Gilles Janeyrand, Grégoire Leprince-Ringuet, Nilton-Martins, Martine Pascal, Vincent Schmitt, Marion Wassermann. Théâtre du Beauvaisis, Beauvais, tél. : 03 44 06 08 20, 22-24 février. Grand Théâtre de la ville de Luxembourg, 13-17 mars. Esch-sur-Alzette (Luxembourg), 19-20 mars.

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