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Critiques / Théâtre

Tartuffe de Molière

par Gilles Costaz

La spirale de l’imposture

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Dans ses diverses déclarations sur sa mise en scène de Tartuffe, Stéphane Braunschweig fait surtout allusion au thème de l’homme providentiel. C’est ce que dénonce Molière, dit-il. Mais son spectacle tourne plus autour du mensonge et d’une pratique dangereuse de la religion. On est, en fait, très proche, de cette satire des « dévots », qui fit tant scandale à la création. Rarement autant de croix n’ont figuré dans une représentation de cette pièce : la fameuse scène où Elmire mine de se donner à Tartuffe tandis que le mari est sous la table se déroule avec un crucifix touchant le corps des protagonistes. Surtout, le metteur en scène situe sans complexe l’action aujourd’hui. Tee-shirts, jeans, peignoirs habillent les personnages, tandis que le bourgeois Orgon et le dévot Tartuffe portent le même pull d’un blanc symbolique, une petite croix autour du cou. Cette transposition, qui en fera crier plus d’un, a un avantage : elle donne de l’éclat aux rôles secondaires des jeunes gens qui, habituellement, sont si conventionnels.
A la différence de tous ces metteurs en scène qui freinent l’action sous la lourde charge de leurs intentions, Braunschweig va vite et construit un vertige. Grâce à une scénographie très surprenante, dont Braunschweig est l’auteur, notre vision descend comme dans un gouffre et élimine la distinction entre l’extérieur et l’intérieur. Dans un même mouvement, les acteurs plongent vers leur vérité tragi-comique. Si Claude Duparfait ne convainc pas tout à fait en Orgon toujours ridicule, tout en étant fort drôle (il évoque l’image classique d’un professeur barbu et doctoral), Clément Bresson (très jeune Tartuffe, tout en tensions), Annie Mercier (remarquable Dorine), Christophe Brault (qui parvient à donner une couleur forte au personnage ingrat du frère raisonneur), Pauline Lorillard (qui dessine avec justesse une Elmire petite-bourgeoise traversée par une sensibilité secrète), Julie Lesgages, Claire Wauthion (Madame Pernelle en bourgeoise chic ! ), servent avec acuité cette forte et allègre vision en spirale. Dans ce même théâtre, il y a vingt ans Gérard Depardieu et François Périer jouaient Tartuffe dans une mise en scène de Jacques Lassalle. C’est différent, mais tout aussi passionnant.

Tartuffe de Molière, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig, costumes de Thibault Vancraenenbroek, lumière de Marion Hewlett, son de Xavier Jacquot, avec Claude Duparfait, Clément Bresson, Claire Wauthion, Pauline Lorillard, Annnie Mercier, Christophe Brault, Julie Lesgages, Thomas Condemine, Jean-Pierre Bagot, Sébastien Pouderoux. Spectacle créé au TNS à Strasbourg en avril 2008.
Théâtre de l’Odéon, tél. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 25 octobre 2008. Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h. Durée : 2h10. Tournée à Lille, Annecy, Toulouse et Nice.

Date de 1ère publication : 16 mai 2008

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