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Critiques / Théâtre

TRISSOTIN ou Les Femmes Savantes de Molière

par Caroline Alexander

En rimes et chansons, Macha Makeïeff fait de Molière notre contemporain

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Femme de théâtre, femme de musique, Macha Makeïeff, l’actuelle directrice du Théâtre de la Criée à Marseille, aime mêler les genres. Sous sa houlette, Trissotin, - premier titre que Molière donna à son avant dernière pièce Les femmes savantes – vient d’en faire la démonstration en virtuosité qui décoiffe.

Ces femmes en quête d’érudition ont quitté les ors, velours, perruques et falbalas du Grand Siècle qui les vit naître en 1672 au Théâtre du Palais Royal pour s’installer dans les mobiliers designs et les remous de l’après mai 68, quand déferlaient les revendications de liberté tous azimuts. Et, signe particulier signé Makeïeff, elles s’y trouvent parfaitement intégrées. Avec les mêmes doléances :

« Et je veux nous venger toutes, tant que nous sommes
De cette indigne classe où nous rangent les hommes ».

Le mariage n’est plus à la mode. Ces femmes ne sont plus au foyer, mais en laboratoires, en universités, à la recherche de « beaux langages » d’un nouveau type. Les précieuses sont devenues chercheuses, laborantines, philosophes mais n’en sont pas moins ridicules. La misogynie sous-tend les relations sociétales où les hommes, pères de famille à la Chrysale, tentent en vain de camoufler leur lâcheté. Trissotin, le pédant, n’est plus un Tartuffe grotesque, fruit d’une cour royale mais celui d’un système de marchandisation de faux talents, de mode et de snobisme. Il prend ici l’allure d’un transsexuel à moustache façon Thomas Neuwirth alias Conchita Wurst (Geoffroy Rondeau en grande folle papillonnante).

Philaminte (Marie-Armelle Deguy, chic et choc, sur ressorts électriques) est la chef qui sait tout, qui commande tout dans l’extase de sa supériorité, sa fille Armande s’égare dans sa soumission (Maud Wyler aux cris d’oiseau docile malgré lui), Henriette, la cadette, rebelle à l’ordre maternel, assume sa position « réactionnaire (Vanessa Fonte forte tête et plaisir de vivre), Chrysale, voudrait mettre tout le monde d’accord mais n’ose pas (Vincent Winterhalter, bon enfant tout mou), Clitandre droit dans ses bottes et ses idées, Bélise, vieille fille nymphomane imaginaire. Tous nous jouent la comédie en direct avec le naturel d’une série télé

Mention spéciale pour Clitandre et Bélise, les deux personnages ont été confiés par Macha Makeïeff à des chanteurs lyriques. Le premier, Yvan Ludlow, baryton né à Londres, entendu dans maintes productions d’opéra, à Paris, Nancy, Strasbourg etc… joue un Clitandre fort en gueule à la voix dorée, le second Thomas Morris, ténor à la carrière tout aussi remplie, transforme Bélise en une désopilante et chantante toquée.

Ils servent aussi de ressort pour la mise en musique imaginée par Macha Makeïeff qui, au lieu de Lully ou Charpentier compositeurs des comédies-ballet de Molière, a préféré les sonorités de Grétry, de Purcell, de Dowland auxquelles elle a mêlé des variétés jazzy des seventies. Leurs extraits font ricochet sur l’action, ses rebondissements, ses folies. Surtout, et c’est la soudure magique du spectacle, ils sont en adéquation parfaite avec le rythme des alexandrins, traités comme des partitions. Tous les comédiens les font résonner en diction parfaite..

Des gags, des effets spéciaux, des pétards, des fumées – parfois plus qu’il n’en faut – un rythme de vaudeville. Molière s’adapte à tout. Il est décidément universel. Macha Makeïeff nous le prouve en fantaisie.

Trissotin ou les Femmes savantes de Molière, mise en scène, décors et costumes Macha Makeïeff, lumières Jean Bellorini, son Xavier Jacquot. Avec Marie-Armelle Deguy, Arthur Deschamps, Karyl Elgrichi, Vanessa Fonte, Camille de la Guillonnière, Arthur Igual, Atmen Kelif, Ivan Ludlow, Thomas Morris, Geoffroy Rondeau, Vincent Winterhalter, Maud Wyler.

Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, du lundi au samedi à 20h, dimanche à 15h30. Jusqu’au 29 novembre 2015 -
01 48 13 70 00 – www.theatregerardphilipe.com

En tournée :

MAC Scène Nationale de Créteil 2 au 5 décembre 2015
NTA Nouveau Théâtre d’Angers 8 au 11 décembre 2015
La Criée Théâtre national de Marseille 16 au 20 décembre 2015 et du 5 au 17 janvier 2016
Centre Dramatique Régional de Tours 20 au 29 janvier 2016
Le Théâtre Scène Nationale de Saint-Nazaire 3 au 5 février 2016
Le Parvis - Scène Nationale, Tarbes Pyrénées 8 et 9 février 2016
Le Domaine d’O, Montpellier 12 et 13 février 2016
Le Manège, Maubeuge 23 et 24 février 2016
Théâtre Liberté, Toulon 2 au 4 mars 2016
Théâtre de l’Archipel Scène nationale, Perpignan 8 et 9 mars 2016

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