Accueil > TOSCA de Giacomo Puccini

Critiques / Opéra & Classique

TOSCA de Giacomo Puccini

par Caroline Alexander

Des gosiers d’or et un chef inspiré pour une reprise sans surprise qui fait des heureux

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

On avait découvert cette production de la Tosca de Puccini, il y a tout juste deux ans. La mise en scène de Pierre Audi, directeur de l’Opéra d’Amsterdam – et depuis peu futur directeur du festival d’Aix en Provence – principalement fondée sur la foi chrétienne de l’héroïne, n’avait guère convaincu (voir WT du 13 octobre 2014) A la passion amoureuse, aux enjeux politiques calqués sur la pièce de Victorien Sardou, il superposait l’Eglise et son emblème majeur, la croix déclinée d’acte en acte.

Ces croix sont toujours en place – géante au sol mais invisible des rangs d’orchestre au premier acte, en ombre au deuxième et surplombant l’espace au final du troisième. Les prêtres et dignitaires d’église en tenue ruisselante d’or imposent toujours leur omniprésence symbolique. Les murs rouge sang et le riche mobilier bourgeois de l’appartement de Scarpia, avec ses issues aveugles restent en revanche en adéquation avec l’action mais le sinistre campement militaire de l’acte trois demeure mal venu pour remplacer la tour du château Saint Ange d’où Tosca, leurrée, est sensée se jette dans le vide.

Au rayon du visuel, la reprise est donc sans surprise. Le mélodrame se développe à la manière d’un polar où passion et politique créent du suspens et des larmes. Piloté par la lancinante musique de Puccini il ne peut qu’éveiller émotion et battements de cœur quand la direction d’orchestre et les interprètes sont à la hauteur de l’enjeu. Conditions que les protagonistes de cette reprise accomplissent sans réserve.

A commencer par Dan Ettinger, le jeune chef israélien qui se met au service de Puccini avec une rigueur toute en douceur pénétrante. Jamais de coup d’éclat mais une continuité en arrondis qui s’enflent et se referment sur les tempos sans jamais les bousculer.

Trio étoilé !

Et sans surprise également, mais avec bonheur, le retour de Marcelo Alvarez en Cavaradossi, l’un de ses rôles fétiche. Inusable ! Impeccable ! Sa voix d’une clarté de fontaine, d’une ampleur remplissant l’espace comme si cet espace lui appartenait. Ses poses à l’ancienne, ici ou là, planté à l’avant- scène, face au public, la main sur le cœur peuvent faire sourire, mais la sincérité de son jeu prend toujours le dessus. L’art de la séduction reste son outil.
La très attendue, soprano allemande Anja Harteros se révèle comédienne bouleversante autant que chanteuse. Voix charnue, timbre voluptueux, juteux coulant sur une palette de nuances en arc en ciel sonore, elle s’est bel et bien glissée dans la peau de cette diva mondaine, de cette amante rebelle au courage au tempérament flambant de détermination.
Le baryton gallois Bryn Terfel serait-il le meilleur Scarpia possible ? A le voir, à l’entendre, on peut difficilement souhaiter mieux. Il lui donne tout, les projections ambrées de sa voix à l’ample volume, son jeu satanique, ses voltes face cyniques passant de la douceur du miel au tranchant de l’épée avec un naturel qui donne froid dans le dos.

Avec ce trio étoilé, des rôles secondaires (Francis Dudziak remplaçant Jean-Philippe Lafont blessé au cours d’une répétition), Carlo Bosi, Alexander Tsymbalyuk, André Heyboer), Perpaolo Palloni, tous sans faiblesse, les applaudissements sont montés jusqu’à l’ovation debout. Amplement méritée !

Tosca de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Victorien Sardou. Orchestre et Cœurs de l’Opéra National de Paris, direction Dan Ettinger, maîtrise Hauts de Seine et Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris, chef des chœurs José Luis Basso, mise en scène Pierre
Audi. Décors Christof Hetzer, costumes Robby Duiveman, lumières Jean Kalman. Avec Anja Harteros, Marcelo Alvarez, Bryn Terfel, Alexander Tsymbalyuk, Francis Dudziak, Carlo Bosi, André Heyboer, Pierpaolo Pallon
i.

Opéra National de Paris – Bastille, les 17, 20, 23, 26, 29 septembre, 3, 6, 15, 18 octobre à 19h30, le 9 octobre à 14h30, le 12 à 20h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.