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Critiques / Opéra & Classique

THE CONSUL/LE CONSUL de Gian-Carlo Menotti

par Caroline Alexander

Quand la bureaucratie totalitaire écrase l’humain.

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L’enfer des administrations, les règles aveugles qui piétinent la dignité humaine : The Consul/Le Consul opéra politique et social que l’Italo-Américain Gian Carlo Menotti (1911-2007) composa en 1950 en référence aux totalitarismes de ce temps de guerre froide n’a rien perdu de son actualité, ni de sa brutalité. On sort de la représentation donnée à l’Athénée comme frappé d’un coup de glace. A des degrés plus ou moins violents selon les latitudes et les régimes, la violence de ces actes, de cette folie, de cette bêtise fondamentale a toujours cours. Ici et là. Réfugiés, clandestins, sans papiers en connaissent encore la ronde infernale.

La production mise en scène par Bérénice Collet, musicalement interprétée par L’Orchestre Pasdeloup sous la direction du jeune Iňaki Encina Oyòn est née au printemps dernier Théâtre Roger Barat d’Herblay. Cohérente, efficace et profondément humaine elle permet de reprendre souffle grâce à ses piques d’humour et ses envols dans l’irréel des phantasmes.

Des papiers, des papiers, des papiers...

C’est l’histoire de Magda et de Jean dans un pays où le mot liberté a été banni. Jean, dissident engagé lutte contre la tyrannie, il est recherché par la police, il doit fuir hors frontières, laissant femme, enfant, et mère. Magda veut le rejoindre légalement avec passeport et visa. Le consul du pays d’accueil devrait l’entendre, l’aider… Commence alors le cercle sans issue des demandes, des rejets, des attentes, des formulaires, des papiers, des papiers, des papiers, toujours plus de papiers qui manquent et qu’il faut remplir tandis que le temps passe, que l’enfant meurt, que la mère agonise …

Menotti signe musique et livret comme à son habitude. En anglais pour cette version créée à Philadelphie qui secoua le monde de la musique et triompha aux Etats Unis comme en Europe. Menotti y concentre l’Italie de ses origines, ses tradition lyriques, romantico-véristes façon Puccini et l’Amérique dans le kaléidoscope de ses traditions et découvertes, y compris celles des comédies musicales. Un peu de tout cela s’enchaîne dans Le Consul, un patchwork de sons et d’influences. Force et violence des cuivres et des percussions alternent avec les rêveries du hautbois et des violons, des chœurs serrés, des grands airs solistes comme le poignant « To this we’ve come » de Magda côtoient des rythmes saccadés à la Kurt Weil ou une valse de spectres…

Bérénice Collet garde les signes extérieurs de ces années cinquante, table de formica, gazinière, bureau chic, téléphone à touches classique. L’absence d’ordinateur ou de portable curieusement rend la situation intemporelle, comme les costumes où les modes se mêlent sans se heurter, d’hier ou d’aujourd’hui.

Douze solistes de haut niveau

Douze chanteurs, douze solistes de haut niveaux figurent, tantôt en chœur, tantôt en solos les personnages de cette saga dénonciatrice du désespoir. Magda trouve en Valérie MacCarthy, soprano franco-américaine au lyrisme emporté, comédienne accomplie, une incarnation saisissante, Nicolas Rigas, baryton basse à la fausse décontraction donne froid dans le dos en chef de police pervers, la mezzo Béatrice Dupuy compose une figure de secrétaire de comédie noire, revêche et ridicule, Philippe Brocard, baryton met de l’angoisse dans le personnage de Jean le rebelle, le ténor Artavazd Sargsyan ajoute aux airs du magicien des tours d’illusionnistes de cabaret. Joëlle Fleury, la mère, Ainhoa Zuazua Rubira, l’étrangère, Louise Pingeot, Virgile Franais…. Tous sont impeccablement à leurs places et dans leurs rôles.

L’Orchestre Pasdeloup suit en équilibre les battues du jeune chef Iňaki Encina Oyòn qui sait à la fois ménager les voix et donner du pouls aux instrumentistes. Une belle performance.

The Consul, opéra et livret de Gian-Carlo Menotti, orchestre Pasdeloup, direction Iňaki Encina Oyòn, mise en scène Bérénice Collet, scénographie et costumes Christophe Ouvrard, lumières Alexandre Ursini, vidéo Christophe Wachsmann, chef de chant et pianiste Frédéric Rubay. Avec Valérie MacCarthy, Philippe Brocard, Joëlle Fleury, Nicolas Rigas, Béatrice Dupuy, Artavazd Sargsyan, Ainhoa Zuazua Rubira, Aurélien Pernay, Gaëlle Mallada, Louise Pingeot, Virgile Frannais, Andrea Hill.

Théâtre de l’Athénée, les 8, 10, 11 octobre à 20h, le 12 à 16h.

01 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com

Photos : TRBH - Herblay

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