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Critiques / Opéra & Classique

« Songline »

par Caroline Alexander

Quand Marc Mauillon chante et joue la solitude en apesanteur

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Un disque, un spectacle, une heure de tension poétique, à écouter, à voir. Seul en scène, seul en voix, le baryton Marc Mauillon relève le double défi d’un enregistrement et d’un spectacle musical entièrement chanté a capella. En solitude habitée.
Le disque vient de paraître aux éditions « Petit Festival », le spectacle a été joué trois fois dans l’espace de la Pop, ex-Péniche Opéra sur le quai de la Loire à Paris et sera repris à Rouen le 15 décembre.

Songline, itinéraire monodique, le titre, la nature et le style sont empruntés au romancier anglais Bruce Chatwin, écrivain épris d’exotisme, amoureux des espaces lointains, de civilisations singulières, la Patagonie, les aborigènes d’Australie. Marc Mauillon a mis ses Songlines au singulier pour n’en conserver que les itinéraires chantés de ces hommes qui par leur seule voix tracent la géographie de leurs itinéraires.

Mauillon a fouillé les origines de cet instrument nu qu’est la voix humaine. Du VIIIème au XXIème siècle, il dénicha, rassembla un bouquet de complaintes navigant du sacré au profane, litanies anonymes en langue latinisante oubliée, en « françois » d’autrefois signés Jehan de Lescurel ou Guillaume de Machaut, en italien baroque, en grec... Sans oublier les chantres d’aujourd’hui comme Meredith Monk ou Georges Aperghis qui apportent en stridences leur part de sacré.


C’est à une quête mystérieuse que Mauillon convie son auditoire. Un voyage dans un au-delà mélodieux. A la simple écoute il berce, fait cheminer dans un imaginaire tressé par cette voix nue qui psalmodie. Il évolue sur la scène de la Péniche, dans cet un espace désert, enserré entre deux volées de fauteuils. Dans un noir absolu petit à petit strié de piquets lumineux, de cannes de bambou serties de minuscules lampions. Il s’en sert de béquille pour avancer, de crayons pour délimiter le domaine de ses incantations. Ascèse totale, il est seul, comme nu, avec pour seul étendard cette voix de cuivre satiné, malléable comme une pâte à pain, ces notes colorées une par une, ce parler en mots étranges et onomatopées cadencées.

L’intensité des ondes qu’il dégage est telle qu’on l’écoute en apesanteur. Reste à espérer que d’autres lieux l’accueilleront.

Songline par Marc Mauillon :
Concert le 15 décembre à la Chapelle Corneille de Rouen – 02 31 35 51 41 52 –
CD Petit Festival

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