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Critiques / Théâtre

Soeur je ne sais pas quoi frère de Philippe Dorin

par Gilles Costaz

Une histoire à tiroirs

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Est-ce qu’on raconte une pièce de Philippe Dorin ? Il n’y a pas exactement d’histoire, ou bien une foule d’histoires. C’est en cela qu’il est unique dans le théâtre pour le jeune public : il compose une suite d’événements qui semblent désarticulés et qui, au bout du compte, s’articulent à la perfection. Il écrit à partir d’associations profondes qui opèrent chez le spectateur un travail souterrain et qui sont à l’image de note vie intérieure, de couleurs différentes et pourtant accordées. Sœur je ne sais pas quoi frère se fonde pourtant sur une trame dont on peut tirer les premiers fils. Cinq sœurs – qui ont les âges les plus variés, de 10 à 70 ans ! - se retrouvent et se souviennent, chacune, d’un moment important de leur histoire familiale. Repliées dans un salon, elles vivent entre la réalité et l’imagination, brassent des rêves et trouvent une clé qui va ouvrir une des portes de la maison. Mais cette intrigue-là permet d’autres intrigues, où des contes connus sont réutilisés, fragmentés, concassés, comme ce récit d’un tsar qui fait essayer des chaussures pour savoir à qui elles ont appartenu. Cet élément-là permet de parler du communisme et de voyager parmi les méandres du langage et de la mémoire...
C’est un spectacle riche en tiroirs. Chacun ouvre et prend ce qu’il veut. Il n’y a qu’un décor, un peu bric à brac, et néanmoins élégant. Une vidéo, à un moment, transforme les personnages, leur donne une magnifique étrangeté. Mais là n’est pas l’essentiel. Tout est dans ces récits en pointillé, dans ces bribes à partir desquelles le cœur et l’intelligence du public sont conviés à éveiller en eux ce qui pouvait, en eux, rester endormi. Philippe Dorin provoque un éveil joyeux ou douloureux, selon la sensibilité de chacun. Les actrices ont toutes de belles natures, avec cette échelle des âges qui les rend si différentes et si complémentaires. La mise en scène de Sylviane Fortuny est précisément celle d’un rêve éveillé. Comme c’st intrigant, ce beau miroir qui nous tend nos énigmes !

Sœur je ne sais pas quoi frère de Philippe Dorin, mise en scène de Sylviane Fortuny, scénographie de Sylviane Fortuny, Kelig Le Bars, Magali Murbach, costumes de Magali Murbach, musique de Catherine Pavet, vidéo de Vincent Pentou, avec Mireille Franchino, Carole Got, Catherine Pavet, Sophie Verbeeck et (en alternance) Zohara Farhati, Licia Ferron et Juliette Lecourt.

Paris-Villette, 14 h 30, tél. : 01 40 03 72 23, jusqu’au 8 novembre, puis en tournée jsuqu’au printemps 2015. (Durée : 1 h).

Photo P. Léïva.

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