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Critiques / Théâtre

Si Guitry m’était conté

par Gilles Costaz

Un homme se penche sur son passé

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Sacha Guitry est à son bureau. Ou, tout au moins, dans son bureau. Car il ne travaille pas toujours. Il bouge, il vient à nous, il danse un peu, il chante, avant de reprendre la plume. Ce bureau, c’est une table, un fauteuil, des livres, une sculpture. Rien d’encombré. Guitry est libre dans ses mouvements et dans ses souvenirs. Il parcourt sa vie en commençant par le commencement, mais ne tiendra pas sa ligne droite. Il ira du plus récent au plus lointain, ou inversement. Au début était le verbe d’un mauvais élève, renvoyé de partout où il entrait, ce qui n’inquiétait guère son père, l’illustre acteur Lucien Guitry. Quand le jeune prit enfin des cours de théâtre, le jeune Sacha se renvoya lui-même : il n’aimait pas le professeur pontifiant et dépassé chez lequel il était tombé. Les années défilent : une enfance sans mère à Saint-Pétersbourg, les succès, le cinéma, les ennuis à la Libération, les femmes, les peintres... Au cœur de la confession, il y a surtout ce père qui engagea son fils dans le théâtre qu’il dirigeait et l’évinça un jour pour cause de retard. La brouille dura treize ans, et les deux hommes retrouvèrent leur affection intacte.
Pour ce spectacle d’abord créé à la Comédie-Française et repris dans le circuit privé, Jacques Sereys a pioché lui-même dans les divers écrits autobiographiques de Guitry et monté ce monologue qui modifie quelque peu l’image que l’on avait de l’auteur de Faisons un rêve. C’est tendre, familier, sans l’écran du narcissisme dont Guitry s’entourait par jeu. Jacques Sereys donne de ces textes brillants mais simples une interprétation amusée et affectueuse. L’auteur qu’il joue sourit de sa vie indépendante et caracolante mais ne s’en flatte pas. Il rend hommage aux autres sans toujours se concentrer sur lui-même. Sereys sait tout exprimer sans passer par l’excentricité, en acteur raffiné et gourmand dont le plaisir des mots est immédiatement communicatif. Ses quelques chansons et quelques pas de danse sont comme des jeux d’enfant. C’est l’éternel enfant qu’il met en lumière et que dégage également la délicate mise en scène de Jean-Luc Tardieu, attentive à chaque instant, à chaque vibration de ces aveux facétieux et profonds. La pianiste Françoise Ferrand, cachée puis visible, participe à l’humour feutré de cette soirée dont on aimerait qu’elle touche aussi un public peu connaisseur de Guitry et de ce temps. Car c’est aussi, dans sa façon de ressusciter un temps révolu, une page d’Histoire.

Si Guitry m’était conté, adaptation de textes de Sacha Guitry par Jacques Sereys, mise en scène de Jean-Luc Tardieu, scénographie de Pierre-Yves Leprince, lumières de Jacques Rouveyrolis assisté de Jessica Duclos, avec Jacques Sereys et Françoise Ferrand (pianiste).

Petit Montparnasse, 19 h, tél. : 01 43 22 77 74, jusqu’à la fin janvier. (Durée : 1 h 30).

Affiche DR.

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