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Critiques / Théâtre

Seul dans Berlin ? D’après Hans Fallada

par Gilles Costaz

Les petites gens face à Hitler

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Le grand roman de Hans Fallada Seul dans Berlin devient au théâtre Seul dans Berlin ? Avec un point d’interrogation. L’adaptateur René Fix marque ainsi qu’il n’entend pas traduire à la scène tout le livre mais s’en tenir à quelques personnages. Et puis étaient-ils si seuls dans Berlin les quelques anti-Hitler dont le romancier allemand a retracé le destin en 1947 ? La pièce se consacre à la vie et l’activité d’un couple, Anna et Otto Quangel, agissant pendant la guerre depuis leur petit appartement berlinois. D’abord, ils ne sont pas antinazis. Ils sont simplement malheureux : c’est la guerre, leur fils a été envoyé au front. Puis, ils apprennent que leur fils a été tué. Le courrier des autorités leur apprenant cette mort comme un fait normal et patriotique est pour eux une insulte, ajoute à leur blessure. Ils cherchent comment réagir. Otto, un modeste employé, a l’idée d’écrire des cartes postales hostiles au régime politique et à Hitler. Des cartes sans destinataire, qu’ils déposent ici ou là dans la ville, le plus loin de leur domicile pour ne pas être repérés. Très vite, la police découvre ces manifestations d’hostilité. Un fonctionnaire enquête. Par recoupements il comprend que l’auteur des cartes pourrait être Otto Quangel…

L’essentiel se passe autour d’une table de cuisine, quelques projections rappelant en fond de scène ces terribles temps nazis. Claudia Morin a conçu une mise en scène minimale, d’une simplicité poignante. Elle joue elle-même l’épouse saisie par l’angoisse, la douleur, l’incertitude : un jeu sobre qui trouve la vérité populaire du personnage. Marc-Henri Boisse incarne Otto dans une égale et grande vérité : ce résistant improvisé n’est pas un héros, mais un monsieur tout-le-monde, détruit, accroché à ce qui lui reste d’amour, en quête d’un dernier acte de dignité. Jean-Paul Dubois compose le fonctionnaire nazi dans un style qui contraste volontairement avec le jeu dépouillé de ses partenaires : il détaille habilement le machiavélisme au petit pied des valets des régimes dictatoriaux. Ce court moment a la facture d’une gravure : une lame fine et délicate inscrit détail après détail, et c’est bouleversant.

Seul dans Berlin ? d’après Hans Fallada, adaptation de René Fix, mise en scène de Claudia Morin, scénographie et vidéo de Pascale Stih, lumières de Ohilippe Sazerat, costumes de Dominique Rocher, avec Claudia Morin, Marc-Henri Boisse, Jean-Paul Dubois.

Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h 10).
à 21 h 30, jusqu’au 18 mai

Photo ©Laurencine Lot

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