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Critiques / Opéra & Classique

Schubert selon Minkowski

par Christian Wasselin

Avec ses Musiciens du Louvre, Marc Minkowski nous fait entendre un Schubert à la fois puissant et aérien.

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23 octobre-1er décembre : en six concerts, la Cité de la musique célèbre Marc Minkowski, le bassoniste qu’il fut à ses débuts, notamment sous la baguette de William Christie, mais aussi le chef d’orchestre. Car Les Musiciens du Louvre, l’ensemble que Minkowski a eu la très bonne idée de créer, fêtent leurs trente ans, ce qui ne l’empêche pas de diriger d’autres formations et d’être depuis 2008 directeur musical du Sinfonia Varsovia. On pourra d’ailleurs entendre cet ensemble le 13 novembre, on pourra même retrouver l’instrumentiste Marc Minkowski, le 11, dans le cadre du concert donné par le Lous Landes Consort, un quatuor d’instrumentistes qui réunit également les flûtistes Sébastien Marq et Hugo Reyne, ainsi que le claveciniste Pierre Hantaï, et qui doit son nom à certain restaurant Lous Landes où se réunissaient les quatre compères il y a vingt et quelques années.

En attendant, il ne fallait pas manquer le rendez-vous du 8 octobre, celui qui nous a permis d’entendre deux et un peu plus des huit symphonies de Schubert. Huit ? Oui. Car si l’on a l’habitude d’appeler Neuvième la Grande Symphonie en ut majeur, il faut se rappeler que la confusion règne dans la numérotation des symphonies de Schubert. Car l’auteur de Rosamunde est resté dans l’Histoire de la musique comme l’un des spécialistes de l’inachèvement (la symphonie dite « Inachevée », du reste, l’est peut-être moins, par sa perfection formelle, que son titre voudrait bien le laisser le croire). Il a beaucoup entrepris, parfois douté, et n’a terminé au bout du compte que huit symphonies, si l’on veut bien compter l’officielle « Inachevée », donc, parmi celles-ci (la dernière étant, chronologiquement, la Grande Symphonie).

Huit, elles sont huit

Ces huit symphonies, Marc Minkowski les a jouées et enregistrées (pour Naïve) au Konzerthaus de Vienne avec ses Musiciens du Louvre. Quelle bonne idée, d’abord, d’avoir réveillé ces partitions incompréhensiblement ignorées des chefs d’orchestre, à part deux ou trois d’entre elles ! Et puis, quel bonheur de les entendre chanter sur un instrumentarium d’époque, c’est-à-dire avec un ensemble d’instruments de l’époque dite classique, une époque imprégnée par le souvenir encore récent de Haydn et de Mozart (nous sommes à Vienne, où Schubert meurt en 1828), et où Beethoven semble régner de toute sa stature. A ceci près que le grand Ludwig attend d’avoir atteint la trentaine pour composer sa première symphonie, là où Schubert se lance dans l’aventure à seize ans !

La Troisième Symphonie est en partie une découverte. Elle commence par un majestueux portique, puis fait se succéder les quatre mouvements avec concision et brio. On admire la verve des Musiciens du Louvre dans le finale euphorique, sans cesse accéléré, on est étreint par ce passage ineffable, dans le deuxième mouvement, qui fait jouer ensemble la flûte et les cordes. Car le secret, si secret il y a, est là : ce type de formation, grâce également à sa disposition (les violons à gauche et à droite du chef, les contrebasses en ligne tout au fond) permet de goûter chacune des couleurs instrumentales, permet d’apprécier comment un forte sonne avec présence mais légèreté, permet de jouir de cet équilibre souverain qui s’appelle relief.

Épopée

Avec la Grande Symphonie, on change évidemment de dimension. La musique, tout en restant ailée, prend tout à coup des accents épiques. Schubert est là, son bonheur de créer est palpable, sa générosité thématique et rythmique confine à la prodigalité. Et le monument est plein de détails : telle introduction du cor devient d’une majesté réellement rêveuse, tel début de l’Andante fait sourdre des contrebasses râpeuses, telle phrase jouée dans la nuance piano ne perd rien de sa gravité, telle suite de pizzicatos ponctue la musique et la fait rebondir irrésistiblement. L’orchestre viennois de l’extrême fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe avait tout d’une balance, il n’est pas sûr qu’on n’ait pas alourdi tel ou tel plateau depuis lors.

Au moment des bis, Minkowski ne retient pas son enthousiasme : l’Andante de la Première Symphonie, qu’il chérit entre tous, et puis, sans crier gare, le premier mouvement de l’« Inachevée ». Il y a là beaucoup de noirceur, et c’est justement parce que les couleurs des Musiciens du Louvre sont idéalement pimpantes que le drame, quand il survient, est particulièrement saisissant.

photo Marco Borggreve

Domaine privé Marc Minkowski à la Cité de la musique de Paris (www.citedelamusique.fr, 01 44 84 44 84). Prochains concerts les 10, 11, 13, 22 novembre et 1er décembre.

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