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Schubert à Montmartre

par Christian Wasselin

Douze concerts ont eu lieu dans huit endroits différents d’un mémorable quartier de Paris.

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Montmartre a accueilli des peintres, des écrivains, des compositeurs, Montmartre est en partie le décor de l’opéra de Puccini La Bohème, mais Montmartre n’avait pas encore son festival de musique qu’on appelle classique. C’est désormais chose faite, à l’initiative de la compagnie Chanthéâtre, que dirige le ténor et chef de chœur Mathieu Sempere, qui a eu l’heureuse idée de consacrer douze concerts, du 23 au 25 mars, au seul Franz Schubert. Schubert le viennois, Schubert le héros timide et fêté des schubertiades, Schubert que ses amis appelaient Schammerl (petit champignon), Schubert qui invente, « entre sa petite chambre et sa table de bistrot, une sorte de concentration focale du monde », écrit Michel Le Bris. Schubert mort à trente et un ans après avoir laissé des partitions inachevées en grand nombre, qui ne se résument pas à la symphonie ainsi intitulée.

Idée heureuse et audacieuse puisque ce festival, très modeste dans ses moyens (il ne repose que sur le mécénat privé), se proposait d’offrir en trois jours un panorama à peu près complet de l’œuvre du musicien, et ce en investissant les lieux les plus divers possibles. C’est ainsi que des églises (Saint-Pierre, Saint-Jean), des théâtres (celui de l’hôpital Bretonneau, le Théâtre Montmartre-Galabru), la crypte du martyrium de Saint-Denis, la Maison verte, le hall et un salon du Terrass Hôtel ont tour à tour permis d’entendre Schubert compositeur pour piano ou pour ensembles de chambre, Schubert compositeur de lieder ou de musique sacrée. Seul le Schubert auteur de symphonies et d’opéras manquait à l’appel, mais inviter un orchestre, voire des spectacles mis en scène, nécessite des lieux d’une tout autre dimension.

Entendre et vibrer

On aura compris que l’intimité était l’un des maîtres-mots de cette première expérience : on ne dira jamais en effet que la proximité physique avec les interprètes est pour le public l’une des conditions de l’écoute la plus active et du plaisir le plus immédiat. Quand la musique est jouée dans des endroits trop grands pour elle, écrivait Berlioz, « on entend, on ne vibre pas  ».

Au bout du compte, une série de concerts faits de partitions ferventes, toujours portées par la grâce, souvent par la tristesse, pleines aussi d’une espèce de désir de bonheur éperdu. Et puis aussi, sur le plan de l’interprétation, des rendez-vous d’intérêt divers, inévitablement, avec plusieurs belles découvertes en la personne des pianistes Gérard-Marie Fallour et Stefen Paulello (très belle Fantaisie à quatre mains en fa mineur sur le vénérable instrument du Terrass Hôtel), des violonistes Naomi Iikawa et Fabien Valenchon, du violoncelliste Frédéric Dupuis (par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre national d’Île-de-France), etc. Mathieu Sempere eut la générosité de payer de sa personne à plusieurs reprises en interprétant plusieurs lieder (An die Musik, quelques extraits du Voyage d’hiver, « l’adieu de qui a déjà traversé les portes de la mort », dit Le Bris) et en dirigeant la vaste Messe en sol à la tête de la Chorale des Abbesses.

En attendant Bizet

Quelques doublons dans la programmation (dûs à la défection tardive de quelques interprètes et à l’arrivée in extremis d’autres musiciens) et quelques lieux moins propices que d’autres à l’épanouissement du son (le martyrium a tendance à saturer les couleurs dans le grave) n’ont pas empêché le public de venir nombreux : où l’on voit qu’une topographie éclatée n’est pas nécessairement synonyme d’éparpillement. Il reste à Mathieu Sempere et à son équipe à continuer d’explorer les lieux insolites dont fourmille Montmartre, à faire des choix artistiques encore plus rigoureux, et à pérenniser son entreprise en la renouvelant chaque année, rythme qui nous paraît plus favorable que la formule de la biennale initialement prévue. Nous aurons plaisir à venir entendre Bizet, puis Mozart, puis tous ceux dont l’abondance et la variété des compositions vont nourrir les programmes à venir.

illustration : Schubert au piano (dr).

Festival Schubert à Montmartre, du 23 au 25 mars. Rens. 06 14 20 05 53 / 06 09 17 86 54 (www.chantheatre.com).

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