Du 16 au 28 mars 2026, du mardi au samedi 19h30, au Théâtre de La Concorde.

Scènes de la vie conjugale d’après Ingmar Bergman, adaptation et mise en scène de Christophe Perton avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey.

Les contradictions d’une société où la domination dans les relations intimes reflète les disparités collectives.

Scènes de la vie conjugale d'après Ingmar Bergman, adaptation et mise en scène de Christophe Perton avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey.

Les valeurs de l’individualisme se développent - au XVIII siècle en France, dans l’Europe du Nord, aux Etats-Unis, et à partir du milieu du XIX è siècle dans toute l’Europe …-, le mariage est une prison, une cage pour l’amour. On parle d’ « amour libre » et on veut rendre « libre » l’ union conjugale. Alain dans ses Propos évoque l’amour menacé d’emblée dans le mariage par le droit au divorce, quand l’« union libre » est porteuse de promesse, d’espoir.

Il a toujours pesé ainsi sur l’idée du mariage la réalité des problèmes psychologiques et personnels du couple, une « union » voulue durable entre deux êtres au coeur des institutions sociales et des échanges à stabiliser. Le mot union valoriserait un équilibrage éthique des affects et de la sexualité.

La féministe George Sand voyait dans le mariage « cette confiance suprême, ce dévouement tranquille et absolu, cette sécurité d’âme qui régnaient entre Angèle et son mari au lendemain déjà de la première jeunesse, pour quiconque n’eût pu obtenir du ciel que la promesse de dix années d’un tel bonheur, ces dix années valaient toute une vie. » (Histoire de ma vie 1833)

Christophe Perton qui monte Scènes de la vie conjugale adapte ce roman originel d’Ingmar Bergman, sur une dizaine d’années aussi, les névroses conjugales étant mises à la question, quand l’amour dit indestructible implose brutalement, ouvrant une voie patiente vers un nouveau sentiment d’altérité.

De son côté, Ingmar Bergman écrit : « J’ai mis trois mois pour écrire cette oeuvre, mais il m’a fallu un temps assez long de ma vie pour la vivre…. » ( Scènes de la vie conjugale, traduit du suédois par Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini, Quatrième de couverture, Folio Gallimard, 1975)

Inspiré de la série télévisée réalisée en 1973, ce huis clos explore la violence feutrée des relations intimes et la manière dont cette photographie d’une relation privée révèle les déséquilibres du monde. Johan, professeur de psychologie, et Marianne, avocate dans le droit familial, voient leur vie basculer lors de cette mise à nu où s’affrontent amour, pouvoir et parole.

Fusent les dialogues quotidiens d’un couple-modèle ordinaire, à la vie conjugale sans accroc, calme et aisée, dont l’ennui est sous-jacent : prétendu rêve envolé par le drame de la rupture, puis l’espoir déçu d’une vie autre : culpabilité et violence font vivre à tous deux des moments difficiles. Plus tard, après un chemin de bruit et de fureur, ils s’avoueront leur propre vérité.

Victoire de Marianne - Révolution et Liberté -, façonnée longtemps par l’éducation, les conventions bourgeoises, qui s’abandonne à son moi enfoui. A travers ce dialogue du privé et du politique, Scènes de la vie conjugale met à nu les contradictions d’une société où la domination dans les relations intimes reflète les disparités collectives : le combat subversif de Marianne.

Le mur de lointain sert de grand écran aux images projetées - silhouettes des fillettes du couple, photos d’enfance lointaine de l’homme et de la femme, paysages marins, rappels projetés de toiles contemporaines modernistes.

Que dire de Romane Bohringer et de Stanislas Nordey dans les rôles de Marianne et de Johan, si ce n’est qu’ils sont au diapason des attentes du public, absolument justes et eux-mêmes dans cette parole à la fois jouée et assumée. Lui fait montre de versatilité, de désinvolture et de distance préservée, prouvant à tout instant qu’il est aux petits soins pour sa douce moitié trop inquiète et mal-assurée qui se reproche le malheur du monde.

C’est en fait la figure féminine qui s’en sort haut-la-main, libre, malicieuse et amusée, quand, les données s’inversant, son partenaire masculin un peu trop serein et confiant perd le pouvoir et la domination, amande honorable faite.

Deux beaux interprètes lumineux qui par-delà les conventions imposent leur présence et leurs corps intensément engagés dans la lutte pour l’existence.

Scènes de la vie conjugale, adaptation et mise en scène de Christophe Perton avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey, texte inédit adapté de la version originale en six épisodes d’Ingmar Bergman de 1973, adaptation, scénographie et mise en scène Christophe Perton, avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey, et à l’écran Astrid Bas, Eric Caravaca, Claire Semet, Julie Puillon, Lynn Abidi, Zoé Zoulovits, Christiane Brouta, conception et réalisation images Christophe Perton, création musicale Maurice Marius et Emmanuel Jessua, création costumes Olga Karpinski, création lumières Stéphanie Daniel, vidéaste Baptiste Klein, équipe cinéma adaptation et réalisation Christophe Perton, chef opérateur Simon Roche, assistante réalisation Nathalie Japiot, ingénieur son Collin Favre-Bulle, coiffures et maquillages Avril Carpentier. Du 16 au 28 mars 2026, du mardi au samedi 19h30, au Théâtre de La Concorde 1-3 avenue Gabriel 75008-Paris. Tél : 01 71 27 97 17 theatredelaconcorde@paris.fr Le 2 avril, Grand Théâtre de Narbonne. Les 23, 24 et 25 avril au TNL à Luxembourg. Les 28, 29 et 30 avril à La Comédie de Picardie à Amiens. Le 7 mai au Théâtre de Saint-Quentin. Les 12 et 13 mai à la Salle du Foirail à Pau. Le 15 mai au Théâtre Ducournau à Agen.
Crédit photo : Scènes & Cités

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Véronique Hotte

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