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Critiques / Théâtre

Rouge d’Emmanuel Darley

par Gilles Costaz

Naissance et vie d’un groupe révolutionnaire

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Des jeunes se rassemblent, forment une bande. Ils n’en peuvent plus de la pauvreté, de la misère, de l’injustice. Ils choisissent de s’appeler Rouge. Ils choisissent l’action symbolique : de la peinture rouge partout, sur les murs de la ville, sur la chaussée, jusque dans les billets de la banque de France pour les rendre inutilisables. Les médias parlent de Rouge. Ils sont repérés. Mais le symbole ne suffit pas. Fusils et bombes sont faciles à trouver. L’équipe passe à l’action armée. La griserie de la révolution les emporte. Mais les dangers sont plus grands. L’organisation et les débats intérieur plus difficiles. L’une des jeunes femmes se fait arrêter. Jusqu’où ira le groupe Rouge ?
Le texte d’Emmanuel Darley saisit bien la colère des démunis et décrit bien le processus qui mène à la révolte et à une certaine forme d’engagement généreux, périlleux et largement inconscient. Bien que la fin de ce théâtre-récit (les scènes alternent avec les narrations) paraisse moins bien construite, trop morcelée, la pièce a sa force et sa justesse. Mais elle est créée à un moment où l’action « terroriste » a considérablement changé. Cette bande Rouge fait penser à Action directe et à la Bande à Baader. Rien à voir avec ce que vient de connaître Paris et de ce qui reste en filigrane de notre vie quotidienne. On eût peut-être préféré une œuvre totalement historique sur Action Directe. Darley trace un tableau exact, touchant, parfois ironique, mais loin de la percussion que pouvait avoir le tueur halluciné de Roberto Zucco écrit par Koltès.
La mise en scène de Maïanne Barthès est d’un rythme et d’un mouvement parfaits. Les acteurs, Hugues Chabalier, Fanny Chiressi, Charlotte Ligneau, Matthieu Lemeunier, Marc Menahem et Anne-Juliette Vassort, très jeunes, ont une belle implication, une vérité impressionnante. Le parties chantées sont très réussies. Mais l’explosif ainsi confectionné paraît bien sage au cœur de la période que nous traversons.

Rouge d’Emmanuel Darley, mise en scène de Maïanne Barthès, collaboration artistique de Vladimir Steyaert, scénographie d’Hélène Eicer, lumière d’Aurélien Guettard, musique d’Alain Féral, avec Hugues Chabalier, Fanny Chiressi, Charlotte Ligneau, Matthieu Lemeunier, Marc Menahem, Anne-Juliette Vassort.

Théâtre-Studio, Alfortville, tél. : 01 43 76 86 56, jusqu’au 31 janvier. Puis à Saint-Etienne (31 mars – 2 avril), Marseile (théâtre de la Minoterie, 9-11 avril), Vaulx-en-Velin (23 mai). Texte chez Actes Sud Papiers. (Durée : 1h 30).

Photo Nolwenn Brod.

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