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Critiques / Théâtre

Richard II de Shakespeare

par Gilles Costaz

Chute d’un puissant

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Si Richard III est un roi fort, Richard II est un roi faible. Ce qui explique sans doute qu’on monte moins la tragédie que Shakespeare consacra au monarque qui accumula les maladresses, fut destitué par son rival (le futur Henry IV) et mourut d’un coup de poignard porté par l’un de ses autres ennemis. La compagnie Eudaimonia crée, à partir de cette pièce, un spectacle impressionnant où tout est à la fois resserré (sept comédiens pour jouer beaucoup de personnages) et élargi (l’espace est nu, parfois occupé par quelques éléments significatifs). Elle revendique la mise en lumière de la nature ambiguë des personnages par une nouvelle traduction et par son style de jeu. En effet, tout est trouble – la sexualité du roi, notamment - dans cette suite d’événements glaçants où les personnages portent des costumes intemporels et où les scènes viennent se placer en miniatures sur un plateau immense. On change souvent d’échelle : le silence succède au rock, les rencontres concentrées sur quelques mètres laissent la place à des courses poursuites qui, parties de l’arrière-scène, frôlent les spectateurs.
Guillaume Séverac-Schmitz a composé une grande fresque à la fois nerveuse et dépouillée. Il ne se laisse pas emporter, comme d’autres, par la violence et le tumulte. A tout instant, le tableau est maîtrisé dans la mise en forme d’une Histoire hallucinée, servi par des acteurs qui jouent, subtilement, plusieurs rôles (sauf Thibault Perrenoud, qui incarne seulement et avec force un Richard jeune, fiévreux et changeant) et rythmé par des changements de l’univers plastique (la forêt de Macbeth arrive dans Richard II !). C’est un spectacle qui ira loin – on lui souhaite une grande exploitation après la création au théâtre Montansier de Versailles – fait par une équipe qui ira loin.

Richard II de Shakespeare, traduction, adaptation et dramaturgie de Clément Camar-Mercier, conception de Guillaume Séverac-Schmitz et du collectif Eudaimonia, scénographie d’Emmanuel Clolus, lumière de Pascale Bongiovanni, son de Yann France et Guillaume Séverac-Schmitz, avec Jean Alibert, François de Brauer, Olivia Corsini, Baptiste Dezerces, Pierre Stefan Montagnier, Thibault Perrenoud, Nicolas Pirson.

En tournée : Le Figuier blanc, Argenteuil, tél. : 01 34 23 58 00, les 13 et 14 mars. Théâtre de Narbonne, le 17 mars.

Photo DR.

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