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Critiques / Théâtre

Revue d’un monde en vrac de Stéphanie Tesson

par Gilles Costaz

La fête des fous

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Elle n’a peur de rien, Stéphanie Tesson ! Non seulement, elle baptise sa nouvelle pièce Revue d’un monde en vrac en la sous-titrant Qu’est-ce qui va se passer ?, mais elle l’étiquette « fresque prophétique ». Puis, assumant toute sa folie, elle fait elle-même la mise en scène de son texte !

Heureusement que toutes ces formules sont écrites avec des clins d’œil et que l’auteur se promène dans les bas-fonds et les hauts lieux de notre société avec une joyeuse absence de pesanteur. Le résumé de la soirée est délicat à établir : à respecter la rigueur de l’inventaire, on risquerait d’éventer le rire malin et grave qui mène la danse. Au cours d’une nuit à laquelle on ne sait quelles autorités ont attribué le caractère de fête nationale et l’intitulé « Tout est dit », un aristo fauché, un peu écrivain (il descend d’Alfred de Musset), va se coller contre une palissade et se coucher sur ses bouts de carton pour trouver le sommeil des clochards. Il est dérangé par une belle jeune femme incroyable, au fard aussi outré et criard que sa robe à froufrous vert pomme : tous les passants la reconnaîtront, c’est la star Nella Mérine. Egarée, celle-ci voudrait qu’on la ramène chez elle. Mais la nuit est pleine de surprises. D’étranges passants ne vont cesser de surgir, changeant sans cesse le chemin qu’allaient prendre ces deux êtres dans la nuit. Passent par exemple un banquier et sa femme Downjones, des sculptures mobiles, la Mort qui a pris la forme d’une marchande de glaces, Jésus (mais c’est en fait Jésus II, plus crowner qu’évangéliste)…

Stéphanie Tesson projette les figures du monde moderne dans une fête des fous médiévales. A moins que ce ne soit l’inverse : elle voit partout des cinglés médiévaux dans le tourbillon contemporain. Ce carnaval renvoie dos à dos les vanités d’hier et les prétentions d’aujourd’hui, en touchant à la politique sans trop prendre position, préférant la mise en lumière du charivari au commentaire éditorial. Il y a, finalement, moins de prophétie que de facétie. L’auteur le sait bien, qui n’emploie les mots de Nostradamus que pour crever les ballons du discours sentencieux. Dans son manège où les mots crépitent comme les pétards et les flonflons à la fête foraine, elle emporte le public en compagnie de comédiens parfaitement à l’aise sur la ligne de crête où se rejoignent la bouffonnerie et la mélancolie. Julie Debazac, qui semble sortir du Chantecler d’Edmond Rostand et insuffle tant d’émotion à son personnage de star glorieuse et brisée, et Pierre-Olivier Mornas, en aristo condamné à la rue, tiennent les plus fortes partitions de la soirée. Mais les apparitions de Pablo Peñamaria, Fabienne Fiette, Brock et Emilie Chevrillon sont souvent d’heureuses surprises puisque ces comédiens vont et viennent en changeant d’apparence et de jeu avec un aplomb d’artistes de music-hall (ce qui est, bien sûr, un compliment). Le terme de revue, auquel se réfère l’auteur dans le titre, n’est pas usurpé : c’est un défilé au rire grotesque qui n’attaque personne nommément mais épingle nos inguérissables faiblesses en même temps que nos ridicules.

Revue d’un monde en vrac (Qu’est-ce qui va se passer ? ) de et mis en scène par Stéphanie Tesson, décor et accessoires de Marguerite Danguy des Déserts, costumes de Corinne Pagé, lumières de Philippe Mathieu, maquillages d’Anne Caramagnol, musique de Pablo Peñamaria. Théâtre 13, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 5 juin (durée :
1 h 50). Texte aux éditions Les Cygnes, « Les Inédits du 13 ».

Photo Lot

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