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Critiques / Théâtre

Rêveries d’un potier solitaire de Loïc Pichon

par Gilles Costaz

Tournoiement de l’argile et de la parole

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Qui est ce potier solitaire qui s’installe devant nous, avec des vases et des coupelles fraîchement terminés sur des étagères ? Parmi ses créations, il y a même une Joconde en relief (en bas-relief, mais quand même le visage apparaît en volume : surprenant ! ). Une casquette sur la tête, les habits protégés par un tablier maculé, l’homme se met à travailler devant nous. Tandis qu’il parle, l’argile tourne et forme peu à peu une poterie dont l’homme peaufine la forme arrondie. L’artisan se raconte. Enfant de mendiant, il a été soldat dans l’armée de Napoléon III, puis il est rentré des campagnes qui l’ont mené loin. Il a découvert le métier de potier et l’a adopté. Le temps a passé, nous sommes au début du XXe siècle. L’homme s’interroge, il a surtout été marqué par le Proche-Orient et Jérusalem. Il a vu là les territoires où ont eu lieu les Croisades et où le fanatisme des Occidentaux et des Orientaux ont causé tant de morts. L’argile continue de tourner, et l’homme dévide ses souvenirs et ses réflexions.
Loïc Pichon jouait frère Jean-Pierre dans Des hommes et des dieux, le fameux film de Xavier Beauvois sur les moines français assassinés à Tibehirine, en Algérie. Il nous est familier aussi pour le spectacle qu’il a tiré de La Peste de Camus. Tout cela a nourri l’écrivain qu’il est aussi. Ce nouveau texte porte d’abord sur la religion. Il traite de la pauvreté, de l’injustice sociale, de la quête de la beauté mais surtout de cette transcendance mystérieuse à laquelle les hommes accrochent leur vie. Pichon est sceptique, agnostique. Pour lui, les croyances, qu’il respecte, n’ont pas historiquement, le beau rôle. Elles ont fait beaucoup de mal au nom du bien. Mais le texte n’entend pas conclure un débat qui durera jusqu’à la fin des temps. Il entremêle dans sa ronde la dureté de la vie et la liberté d’un questionnement sur les formes terrestres de l’absolu.
L’acteur-auteur est un compagnon, au sens concret au sens noble. Il est tout de suite fraternel et poignant. Le ton ferme et sobre de la voix, la vérité des gestes et des objets emportent le spectateur dans une confidence qu’il est heureux de partager et où il trouve des éléments pour des dialogues essentiels avec lui-même et avec les autres. C’est un moment de théâtre envoûtant et simple dans sa pureté artisanale – mais pas si simple à mettre en scène, puisque l’interprète doit régler simultanément son jeu et le travail de l’argile. Loïc Pichon, grand comédien, est un penseur manuel comme on pouvait être autrefois poète et paysan.

Rêveries d’un potier solitaire, texte, mise en scène et interprétation de Loïc Pichon. (Durée : 1 h 10).
Essaïon, du jeudi au samedi, 20 h, tél. : 01 42 78 46 42, jusqu’au 7 juin.

Photo Anne Sy

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1 Message

  • Rêveries d’un potier solitaire de Loïc Pichon 11 mai 2014 08:47, par de Turckheim Francoise et Thierry

    Admiratifs devant autant d ingéniosité manuelle et verbale . Loic est très fort , tout en restant naturel , direct , émouvant . Toute la famille l a chaleureusement applaudi . Les voutes de la cave de ce petit théâtre Essaion se prêtent parfaitement à l atmosphère de la pièce .

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