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Critiques / Théâtre

Renata d’après Javier Ulises Maestro

par Gilles Costaz

Transgression et métamorphose

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On sait, depuis les spectacles d’Alfredo Arias et Jorge Lavelli, que Paris est une annexe de Buenos-Aires. Le tango et le travestissement ont largement pris possession de nos scènes. Pour son nouveau spectacle, après Evita qui dansait avec la figure d’Eva Peron, Stephan Druet a pris appui sur un texte de Javier Ulises, un récit follement argentin bien qu’il se passe à Paris. Nous sommes dans la demeure d’un riche argentin juif de Paris (aucun antisémitisme là-dedans). Celui-ci, invisible, est au bout du rouleau, entouré de ses domestiques. Il décède. L’héritage est peut-être à prendre car l’épouse du nabab est, depuis belle lurette, partie sans laisser d’adresse. Qui pourrait se faire passer pour la veuve ? Le fils des domestiques. Il est gracieux et peut amplifier sa féminité. Une fois le personnage composé de façon crédible, on s’arrangera pour trafiquer les papiers. Le jeune garçon devient une femme très séduisante et tape dans l’oeil du jeune notaire chargé de la succession. Tout est ainsi bien engagé, mais l’emballement du notaire pourrait dépasser les limites de la simple courtoisie...
La pièce, ou plutôt l’adaptation d’un texte littéraire, est surtout un prétexte à jouer avec le principe du travesti. Comment transgresser les sexes ? Stephan Druet en avait déjà fait une belle démonstration avec Evita, joué par le même acteur, et il renouvelle ce défi en le situant au cœur d’un contexte réaliste, avec l’éternel salon bourgeois du vaudeville et des comédiens tous typés et saignants dans leur représentation de l’activité sociale et criminelle : Sophie Mounicot, Emma Fallet, Philippe Saïd et Antoine Berry Roger. Ce sont de très justes interprètes de la comédie noire. Quant au comédien chargé une nouvelle fois d’aller au plus loin dans la féminité, Sebastian Galeota, il réussit une métamorphose élégante et réjouissante. La sensualité qu’il met en place et dont il brode les variations est un brillant passage d’un sexe à l’autre et se développe avec un charme toujours ombré d’humour. Son interprétation tient de la floraison. C’est une délicate succession de touches et de couleurs. On ne croit guère au texte mais on croit fort à la vérité du spectacle !

Renata d’après Renée de Javier Ulises Maestro, adaptation de Stephan Druet et Sebastian Galeota, mise en scène de Stephan Druet, costumes de Denis Evrard, musiques de Maxime Richelme, lumières de Christelle Toussine, décor d’Olivier Prost, chorégraphie de Christophe Segura, avec Sophie Mounicot, Sébastien Galeota, Emma Fallet, Philippe Saïd, Antoine Berry Roger.

Comédie Bastille, 21 h du jeudi au samedi, 17 h les samedi et dimanche, tél. : 01 48 07 52 07. (Durée : 1 h 15).

Photo Bruno Perroud.

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