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Critiques / Théâtre

Reconstitution de Pascal Rambert

par Gilles Costaz

Dissection de l’amour

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Sait-on que Pascal Rambert est sans doute l’auteur français le plus joué dans le monde ? Il est parti mettre en scène lui-même sa très belle Clôture de l’amour dans de nombreux pays (avec l’aide d’interprètes). Maintenant qu’il ne dirige plus le théâtre de Gennevilliers, il mène l’existence d’un auteur-artiste libre et très demandé. Il vient d’avoir l’élégance d’écrire un texte, Reconstitution, pour des acteurs qu’il estime et qui travaillent en dehors de Paris, les remarquables Guy Delamotte et Véro Dahuron - ils animent à Caen l’audacieux Panta Théâtre. Et même de les mettre en scène. Le spectacle a été créé à Caen en mars. Le voilà à Paris, à l’Aquarium.
Un couple, plus très jeune, dont les sentiments st à l’évidence assez fatigués, décide de procéder à la « reconstitution » de leur rencontre, de la naissance de leur amour et de leurs premières années d’amants. C’est comme un travail de laboratoire : ils sont dans un entrepôt, plein de cartons où dorment des objets du passé. Et ils déballent tout, surtout ce qu’ils ont au plus profond d’eux-mêmes. Ils reprennent des gestes et des discussions qui remontent à des temps lointains. La femme va jusqu’à refaire la cuisine d’autrefois ! C’est une véritable dissection de l’amour. Car la séance d’archéologie conjugale ne se déroule pas dans la nostalgie. Elle est ambivalente, entre tendresse et fureur. Les reproches de la femme sont de plus en plus forts. L’homme, désarmé, n’a plus que les armes du silence et de la douceur.
Le thème de la « reconstitution » pourrait avoir quelque chose de démonstratif et évoquer un théâtre des années 50, où tout est dénoncé et analysé frontalement. La langue de Pascal Rambert change tout. Elle est pleine d’éclats, d’appels, de ponts lancés au-dessus du vide. Véro Dahuron est âpre, blessée, étonnante d’amour transformé en plainte. Guy Delamotte joue délicatement l’innocence étonnée et lâche de l’être masculin. Pas de joliesse là-dedans, tout est plutôt brut, à commencer par ce décor d’atelier de bricoleur. Mais, de façon un peu discontinue, s’y libère l’électricité d’une écriture et d’une représentation du couple, dont la cruauté est sans cesse nuancée, comme si elle affolait l’auteur lui-même.

Reconstitution de Pascal Rambert, mise en scène, scénographie et lumières de l’auteur, avec Véro Dahuron et Guy Delamotte.

Théâtre de l’Aquarium , cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 74 99 61, jusqu’au 23 mai. (Durée : 1 h 30).

Photo Tristan Jeanne-Valès.

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