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Critiques / Théâtre

Qu’est-ce que le temps ? de Saint Augustin

par Gilles Costaz

Tempête sous un crâne

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L’acteur Stanislas Roquette, tout jeune qu’il soit, a déjà fait des spectacles marquants, notamment autour de l’histoire du théâtre, en jouant Artaud-Barrault conçu et mis en scène par Denis Guénoun (donné à la maison Jean Vilar d’Avignon et à Chaillot). Il retrouve Guénoun pour une autre forme de pensée, la philosophie, en interprétant un extrait des Confessions de saint Augustin portant sur la notion du temps.

Ainsi traduit par Frédéric Robert, Augustin n’est plus vraiment un sermonneur antique mais un écrivain dont aucun mot ni aucune pensée n’est loin de nous. Comment s’écoule le temps, mais surtout comment attraper le temps par l’esprit, le saisir dans une notion ? Le chrétien berbère de l’empire romain du IVe siècle s’interroge sans cesse dans ce texte en forme de poursuite d’une idée qui s’échappe et prend forme de différentes façons. Tempête sous un crâne, pourrait-on dire, en reprenant une expression qu’Hugo employait dans un tout autre sens.

Denis Guénoun fait reposer sa mise en scène sur l’acteur et la quête intérieure du personnage, saint Augustin. Les expressions du visage, les gestes et les déplacements traduisent le cheminement de la réflexion, tandis qu’il n’y a rien d’autre qu’un plateau nu (ou presque : une chaise sert parfois d’assise au personnage). A de très rares moments intervient la musique de Schubert, évoquant l’emballement heureux de la pensée entrant dans l’inconnu. Pour notre part, nos préférences vont à Artaud-Barrault, qui nous touchait plus directement. Mais, avec singularité, ce spectacle-là affronte une littérature abstraite, où, néanmoins, Stanislas Roquette est d’un engagement très concret. Il donne à cette recherche d’un sens fuyant et de formules provisoires une intensité extrême. Sous l’impulsion de Guénoun et avec une présence juvénile et originale, il donne à voir la pensée dans ses combats les plus élevés, qui sont les pugilats angoissés d’un homme avec son maniement des mots. Ce pourrait n’être qu’un exercice, c’est une mise à feu d’un texte arraché à la pure théorie.

Qu’est-ce que le temps ? de saint Augustin, traduction de Frédéric Boyer (« Les Aveux », éditions POL), mise en scène de Denis Guénoun, lumière de Geneviève Soubirou, avec Stanislas Roquette.
Théâtre national de Chaillot (salle Maurice Béjart), tél. : 01 53 65 30 00, jusqu’au 18 janvier. (Durée : 1 h).

Photo ©Cyril Bonnefoy

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