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Critiques / Théâtre

Providence d’Olivier Cadiot

par Gilles Costaz

Requiem pour l’art moderne

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Si l’on a vu et aimé certains des spectacles du trio Cadiot-Lagarde-Poitrenaux, comme Le Colonel des zouaves,Retour définitif et durable de l’être aimé, Un mage en été, on ne retrouvera pas tout à fait le même esprit dans cette Providence où l’humour a moins de part – il est bien là, mais caché. Seul en scène, un personnage lit sur son canapé. Il lit Darwin et égrène des pensées qui partent de là et viennent frôler quelques moments majeurs de l’art moderne : Williams Burroughs, John Cage, la musique synthétique... Lui a été photographe et a dû tout arrêter à cause de quelques pataquès : il cadrait les câbles souterrains de trop près pour que la photo ait un quelconque intérêt. Isolé comme Robinson (le nom clef dans l’univers de Cadiot), il tourne en rond dans son salon douillet, confronté à de beaux et magnifiques magnétos qui diffusent des sons et des paroles décalés : mots personnels et bruits du cosmos. Il fait face à son double qui, en image vidéo, lui reproche de l’avoir abandonné. « Il ne s’est rien passé », finit-il par dire. Mais rien n’est sûr. Toute cette désolation chahuteuse a son avers : elle était quand même belle cette vie de l’art et de l’esprit qui semble ne plus appartenir qu’au passé.
Ludovic Lagarde a conçu un spectacle extrêmement technique, presque un spectacle d’ingénieur, dans la complicité de l’acteur et des machines. Cela fonctionne moins sur l’humour donc, et moins sur la vitesse. Mais c’est un bel objet, fascinant, même s’il peut paraître déroutant. Laurent Poitrenaux, qui n’est bon que dans l’extrême difficulté, est particulièrement bon. Et pourtant il est plus paisible, plus faussement tranquille que dans les spectacles précédents. Il détaille, tantôt soucieux, tantôt désinvolte, cette méditation où Cadiot, magnifiquement, passe sans crier gare du petit croquis de la vie banale à l’événement majuscule. Dans une souplesse énigmatique de fauve apaisé, l’acteur crée ainsi un nouveau tableau dans cette galerie Cadiot-Lagarde qui est unique dans le théâtre d’aujourd’hui. Ce tableau ne s’accrochera sans doute pas dans le salon de tout un chacun mais c’est le propre de ces objets artistiques. Ils sont merveilleusement en porte-à-faux avec ce qu’on fabrique dans les prétendues usines à rêve.

Providence, texte Olivier Cadiot mise en scène Ludovic Lagarde, avec Laurent Poitrenaux. Scénographie Antoine Vasseur, lumières Sébastien Michaud, réalisation sonore David Bichindaritz, réalisation informatique musicale Ircam Sébastien Naves, costumes Marie La Roccamaquillage et coiffure Cécile Kretschmar, conception image Michael Salerno, dramaturgie Sophie Engel, assistanat à la mise en scène Céline Gaudier, conseiller musical Jean-Luc Plouvier, conseillère dramaturgique Marion Stoufflet, mouvement Stéfany Ganachaud, ensemblier Éric Delpla, assistanat scénographie Justine Creugny, assistanat costumes Peggy.

Comédie de Reims, tél. : 03 26 48 49 10, jusqu’au 19 novembre. Puis :
du 23 au 25 novembre 2016 CDN Orléans / Loiret / Centre, les 24 et 25 janvier 2017 Comédie de Caen–CDN de Normandie, les 31 janvier et 1er février 2017 CDN Besançon Franche-Comté, du 7 au 11 février 2017 Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse), du 2 au 12 mars 2017 MC93 / Théâtre des Bouffes du Nord du 15 au 25 mars 2017, Théâtre National de Strasbourg, du 29 au 31 mars 2017 Maison de la Culture d’Amiens, du 4 au 7 avril 2017 La Comédie de Clermont-Ferrand. Texte aux éditions POL. (Durée : 1 h 40).

Photo Pascal Gely.

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