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Critiques / Théâtre

Proudhon modèle Courbet de Jean Pétrement

par Gilles Costaz

L’utopiste et le réaliste

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Ce spectacle de la compagnie Bacchus, à Besançon, a déjà eu une grande carrière, à travers la France, dans le off d’Avignon et à Paris. Nous en avons déjà parlé, mais le revoilà, avec une distribution partiellement modifiée. Et c’est encore mieux ! Artiste installé à Besançon, Jean Pétrement a eu l’idée de conter la rencontre de deux grands personnages de Besançon et du Doubs : le socialiste utopiste Pierre Joseph Proudhon et le peintre Gustave Courbet. La rencontre n’est pas imaginaire (bien que l’auteur s’accorde tous les droits de l’imagination). Les deux hommes se connaissaient, le premier a même écrit un texte manifeste pour le second. C’est précisément la rédaction de ce texte qui a inspiré partiellement la pièce de Pétrement.

Nous sommes chez Courbet, à Ornans, dans les années 1850. Il fait froid. Courbet travaille à sa grande fresque de L’Atelier. Comme le modèle nu qu’il a avec lui n’est pas farouche, il prend du plaisir avec elle. N’a-t-elle pas « l’origine du monde » entre ses jambes ? C’est à ce moment-là qu’arrive Proudhon le rigoriste. Choqué, il a du mal à entamer la discussion. Courbet, l’hédoniste, n’a cure des reproches qu’on lui fait. Il dialogue de tout de rien avec son camarade, pour lui demander finalement d’écrire un texte vantant la peinture nouvelle. Le révolutionnaire se laisse convaincre et se met au travail, mais des attaques viennent de deux côtés. De la part du modèle : elle rejette ce révolté qui ne se soucie en rien de la difficile condition de la femme et de son plaisir. Et d’un homme du peuple qui vient apporter de la mirabelle et du pâté de lapin, lui n’a que faire d’un bouleversement qui changerait la société, il est au mieux dans le système injuste de la monarchie. Le peuple peut être réactionnaire ! Il n’y aura pas de vainqueur, l’auteur donnant leur grandeur – au-delà de leurs faiblesses – aux trois personnages principaux : Courbet, Proudhon et le modèle.

La toile de « L’Atelier » est recomposée sur scène – beau travail de Magali Jeanningros. On s’y croirait ! D’autant plus que cela respire l’obscurité d’un temps sans électricité et la ripaille. Jean Pétrement, comme auteur et comme metteur en scène, éclaire savamment et sensiblement un moment du XIXe siècle. Sa pièce est passionnante. Il joue lui-même Proudhon en intellectuel malheureux, raide, sombre : magnifique ! Alain Leclerc incarne un Courbet rond, jovial, malicieux, impudique : un vrai plaisir aussi. Elisa Oriol reprend le rôle du modèle et lui donne une belle vivacité, avec, surtout, une vérité culturelle, celle des goualeuses à la belle âme qui peuplent les toiles de Courbet ou de Lautrec. Enfin, Djelila Ammouche est un passant pas du tout anonyme, régional et pourtant universel dans sa façon d’être et de porter la parole du café du commerce. Un saut dans le temps qui a à la fois sa magie, sa vérité et sa profondeur.

Proudhon modèle Courbet de Jean Pétrement, mise en scène de l’auteur, décor et graphisme de Magali Jeanningros, lumière de Baptiste Mongis, assistante à la mise en scène : Maria Vendola, avec Alain Leclerc, Jean Pétrement, Elisa Oriol, Djelali Ammouche. Avignon au théâtre Pandora à 12h15. Résa : 04 90 85 62 05. Durée : 1h15. Texte aux éditions Latham.

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