La Côte-Saint-André, Festival Berlioz 2025 (1)

Pour les mélodies

Entre divers concerts, la récente édition du Festival Berlioz s’est distinguée surtout par la série des quatre récitals des mélodies avec piano de Berlioz.

Pour les mélodies

GRANDE RARETÉ QUE LES MÉLODIES AVEC PIANO de Berlioz, telles que les offrent le festival dédié au compositeur ! Il faut savoir, comme nous disions dans notre article de présentation, que Berlioz a écrit non moins d’une cinquantaine de mélodies accompagnées au piano, qui restent d’un répertoire très peu fréquent (quand bien même elles inaugurent le genre de la mélodie française). Ces mélodies sont presque inconnues dans les concerts en France (alors que les enregistrements de nombre de ces pages reviennent à des Britanniques), hors Les Nuits d’été mais dans leur version orchestrée. C’est donc un événement de taille que propose le festival, avec une quasi-intégrale répartie en quatre récitals d’après-midi dans l’église de La Côte-Saint-André (bourgade de naissance Berlioz et lieu du festival qui lui est consacré).

Les deux premiers récitals reviennent à des chanteuses solistes. Le premier réunit le cycle Fleurs de landes (cinq mélodies) et d’autres mélodies, à la charge de la soprano Maud Bessard-Morandas et de la mezzo Anne-Lise Polchlopek. L’une et l’autre s’épanchent avec allant, dans ce qui est pour partie des transpositions (sachant que ces pages étaient destinées à plusieurs tessitures). On souffre cependant d’un piano de concert (Yamaha) aux notes trop appuyées (par Hervé Billaut), quand un piano-forte de style Érard aurait été mieux adapté. Le deuxième laisse place à la seule Maud Bessard-Morandas pour le cycle des Nuits d’été (dans leur version originale avec piano) et d’autres mélodies. On goûte à nouveau son chant bien placé, accompagné d’un même piano (toujours de concert) cette fois plus discret sous les doigts du même Hervé Billaut.

Les deux récitals suivants se présentent entièrement différemment, avec des voix masculines et la participation d’un chœur. Les cycles Irlande (neuf mélodies) et Feuillets d’album (six mélodies) se succèdent assortis d’autres mélodies. Le ténor Mathias Vidal est à l’œuvre, remplaçant (opportunément ?) Kévin Amiel initialement prévu. Une magnifique prestation, alliant beau phrasé et grande expressivité ! Le baryton Florent Karrer intervient avec justesse pour les quelques mélodies où il a sa part. Quant au chœur de chambre Spirito, dirigé par Thibaut Louppe, il donne dans les moments où il intervient, une remarquable présence. Le piano revient cette fois à Guillaume Coppola dont on apprécie le doigté plus discret. Pour dire que ces deux derniers récitals achèvent au meilleur cette série des mélodies si peu connues.

Autres concerts

Cette édition du festival faisait peu de place aux grandes œuvres de Berlioz. Mais cependant les concerts symphoniques du soir (dans l’auditorium provisoire sis dans la cour du château de la bourgade) étaient régulièrement parsemés de pages de Berlioz : excellente initiative de Bruno Messina, l’entreprenant directeur de la manifestation. Ainsi du concert du Jeune Orchestre européen Hector Berlioz-Isère dirigé par Stéphanie-Marie Degand. Il est introduit par Rêverie et Caprice, brève page de forme concertante bien menée, avec Stéphanie-Marie Degand au violon solo. S’ensuivent Les Nuits d’été, version orchestrée, partagées entre la mezzo Éléonore Pancrazi et le ténor Kévin Amiel, dans un judicieux échange. Si ce n’est que l’acoustique de l’auditorium est peu favorable aux voix solistes. Des extraits de Carmen (de Bizet, « un vrai élève d’Hector Berlioz » selon Nietzsche) avec les mêmes interprètes, concluent valeureusement la soirée.

Le Paris Mozart Orchestra livre pour sa part quatre autres mélodies orchestrées de Berlioz (La belle voyageuse, La Mort d’Ophélie, La Captive, Zaïde) par la mezzo Victoire Bunel, d’un chant bien senti. Ou d’autres façons, avec orchestre cette fois, de célébrer l’art des mélodies de Berlioz. S’ajoutent La jeune fille et la mort de Schubert dans une version pour cordes de Mahler, un peu lourdement transmise, ainsi qu’une Huitième Symphonie de Beethoven de convention, sous la direction de Claire Gibault.

Le concert de l’Orchestra sinfonica nazionale della Rai quant à lui se donne comme il se doit à un répertoire d’inspiration italienne. Se succèdent ainsi l’Ouverture de Benvenuto Cellini et la symphonie avec alto principal Harold en Italie (alto solo : Lise Berthaud), toujours de Berlioz, dans des interprétations amplement satisfaisantes sous la direction de Daniel Kawka. Le rare poème symphonique de Liszt, Tasso, lamento e trionfo, fait heureuse transition. Et passons sur un Requiem de Mozart transmis de façon routinière par Jérémie Rhorer à la tête de son Cercle de l’Harmonie et du Chœur de chambre Les Éléments, et une difficile acoustique, cette fois dans l’église de Saint-Antoine-L’Abbaye, village proche.

Illustrations : Maud Bessard-Morandas et Anne-Lise Polchlopek ; Mathias Vidal (photos Bruno Moussier) ; Claire Gibault (photo Jean-Baptiste Millot ) et Victoire Bunel (photo François Bouriaud

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, 22, 24, 25, 26 et 27 août 2025.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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