Portrait de Ludmilla en Nina Simone de David Lescot
Un combat chaleureux

La Comédie de Caen, que dirige Marcial di Fonzo Bo, a eu l’idée de commander des « Portraits », spectacles courts, à un acteur, avec parfois un musicien, qui évoquent un personnage emblématique et peuvent tourner aisément à travers la France. Cette année, on pourra suivre ainsi les portraits de Pierre Bourdieu, Michel Foucault, Gertrud Stein… Pour commencer, de passage au théâtre de la Ville exilé à l’espace Cardin, voici Nina Simone. Enfin, pas tout à fait. Puisque David Lescot fait deux portraits en un, passant dans le même mouvement de la grande chanteuse américaine à son interprète, Ludmilla Dabo. En fait, plusieurs lignes se croisent dans ce court moment : ces deux vies qui s’épaulent et se placent en parallèles, celle d’une artiste du siècle dernier et celle d’une actrice-chanteuse d’aujourd’hui, et l’intervention de l’auteur qui, non seulement, a écrit le texte, mais y joue en intervieweur et en guitariste. Si les éléments biographiques sont douloureux (Nina se battit toute sa vie contre la discrimination aux Etats-Unis, Ludmilla se trace difficilement un chemin en France où les noirs ont beaucoup moins de possibilité), le spectacle vibre de la joie qui naît de toutes ces relations imaginaires et réelles. C’est extraordinairement chaleureux. Ludmilla Dabo joue et chante avec allégresse et dans un engagement fraternel. David Lescot se place sans effets et avec justesse au deuxième plan. En cadeau final, ils nous jouent un extrait de L’Ecole des femmes, histoire de nous montrer que Molière n’est pas seulement un répertoire pour blancs. Leur démonstration est épatante.
Portrait de Ludmilla en Nina Simone écrit et mis en scène par David Lescot, avec Ludmilla Dabo et David Lescot.
Théâtre de la Ville à l’Espace Cardin, 20 h, tél. : 01 42 74 22 77, jusqu’au 27 janvier. Puis en tourne : Tremblay-en-France, 11 mai. Mulhouse, 22-24 mai. (Durée : 55 minutes).
Photo Tristan Jeanne Vales.