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Pleyel confinée, Pleyel abandonnée

par Christian Wasselin

La musique dite classique est désormais interdite à la salle Pleyel. Faut-il se résigner ?

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DEPUIS L’OUVERTURE de la Philharmonie de Paris, la musique qu’on appelle classique (mot qui n’a guère de sens : s’agit-il des cantates de Bach, des œuvres pour piano de Chopin, des chansons des troubadours, de la dernière œuvre symphonique d’un compositeur d’aujourd’hui ?) est interdite à la salle Pleyel. Bannie comme une indésirable, comme une malpropre. Pourtant, les musiques que la salle Pleyel est désormais priée de recevoir (« la musique populaire de qualité », expression qui fait à la fois rire et pleurer), c’est-à-dire le rock, la chanson, etc., mais aussi le jazz et la danse, sont bien présentes à la Philharmonie. Deux poids, deux mesures. Une injustice. D’autant que la salle Pleyel, rouverte en septembre 2006 après quatre ans de fermeture, c’est-à-dire après quatre ans de travaux financés par l’État (par le contribuable, donc), avait retrouvé son lustre : le hall avait été restauré suivant les plans de 1927, la salle elle-même avait été redessinée, passant de 2 400 à 1 800 places, et pourvue d’un foyer donnant sur la rue.

Il y a là quelque chose d’injuste et de déchirant, d’autant que Pleyel, concédée au groupe Fimalac, a fait l’objet de nouveaux travaux pour accueillir d’abord Benjamin Biolay (Biolay à Pleyel !!!), en attendant Patrick Bruel, Michel Polnareff et tous ceux qui sont à l’affiche de la saison 2016-2017. Des travaux pour absorber le son, car désormais c’est la musique amplifiée qui a droit de cité à Pleyel.

Qu’est-ce qu’une musique impopulaire sans qualité ?

On se rappelle qu’après l’affaire du Crédit lyonnais, la salle Pleyel avait été rachetée en 1998 par l’industriel Hubert de Martigny qui en avait confié la direction artistique à son épouse, le chef d’orchestre Carla Maria Tarditi. Épisode qui aboutit, après de nombreuses péripéties, au rachat prématuré de Pleyel, en 2009, par la Cité de la musique, c’est-à-dire par l’État. Les mêmes qui ont interdit à la musique dite classique (et à la musique dite contemporaine, c’est-à-dire à des musiques que nos décideurs ne classeront jamais parmi les « musiques populaires de qualité ») d’exister à Pleyel.

Rien n’est acquis cependant. Carla Maria Tarditi, qui n’incarne certes pas la meilleure période de l’histoire de Pleyel, conteste l’interdiction. Son avocat enfonce le clou en dénonçant la voie de fait (les travaux ont été faits, il serait impossible de revenir en arrière). Or, a-t-on interdit l’opéra au Palais Garnier quand l’Opéra Bastille a été inauguré ?* D’autres voix se sont élevées, des élus s’en mêlent mais aussi des musiciens. Quelle sera l’issue de ce triste feuilleton, si issue il y a ?

Un blog vous dit presque tout.

* De fait, pendant quelques saisons, Garnier s’est exclusivement consacré à la danse.

illustration : la façade de la salle Pleyel (Creative commons/dr)

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